World Eater

World Eater

Blanck Mass

17 / 20 2017 Sacred Bones Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de Jetjet (Xsilence) 17 / 20

Posté le 03/03/2017
Affranchi à présent des Fuck Buttons dont on ne sait plus si le duo produira une 4ème pépite, chacun des membres étant parti sur sa carrière solo respective, Ben Power poursuit son émancipation après un Dumb Flesh remettant les pendules à l'heure avec sa musique electronique sombre survitaminée.

Pourtant le premier titre nous rappelle les morceaux rêveurs du premier album éponyme de 2011 mais la direction prise en fin de morceau va rappeler Dumb Flesh : Ben Power n'est plus là pour nous faire planer dans l'espace mais pour nous réveiller dans le monde urbain froid actuel. Bienvenue dans World Eater !

Mélange complètement dingo de techno industrielle ou de sonorités lounge, Blanck Mass souffle le chaud et le froid et contraste intelligemment sa musique par des nuances parfois imperceptibles.

The Rat nous ramène à Slow Focus en se démarquant par son autonomie comme si les instruments n'étaient plus pilotés par l'homme. Il n'y a plus aucune règle, la surprise est totale.

Retour vers l'ambient (un peu) avec la trilogie Minnesota/ Eas Fors / Naked un poil moins inspirée mais de fort bonne facture avant de conclure sur un timide Hive Mind camouflant ses fulgurances finales.

L'album un poil expérimental est atypique mais une seule écoute permettra d'en tirer un jugement définitif : World Eater surprendra ou agacera mais ne laissera personne indemne.

Chronique de Quentin (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 04/04/2017

Benjamin John Power pourrait mettre un imperméable et un chapeau, ça resterait extrêmement compliqué pour lui de cacher qu'il est la moitié de Fuck Buttons. En duo avec Andrew Hung ou en solo avec Blanck Mass, l'objectif poursuivi par l'artiste de Bristol reste le même : construire un mur massif de sonorités électroniques. Et si on ne se fiait qu'aux sonorités, on pourrait s'y tromper tant elles sont similaires dans les deux projets. C'est plutôt dans la structure des morceaux qu'il faut aller chercher les différences entre Blanck Mass et Fuck Buttons. Là où le duo construit patiemment ses morceaux, BJP est plutôt comme un jeune puceau pour sa première baise : il envoie tout trop vite. C'est pas forcément désagréable, c'est plutôt que ça manque de finesse.

Troisième album de Blanck Mass, World Eater est surtout le deuxième à sortir chez Sacred Bones Records. Affirmant son intérêt pour les ambiances industrielles mais sophistiquées, le label américain a trouvé en Ben Power un fier représentant de son esthétique. En 7 titres, l'album fait preuve de ce qu'on qualifierait de "sereine brutalité". L'intensité des pistes crée une tension qui traverse tout l'album. Mais le véritable fil rouge, celui qui nous aurait fait mettre une note plus élevée à World Eater, on ne l'a jamais trouvé. Et c'est peut-être ce qui nous frustre le plus car, pris individuellement, chaque titre tient la route. Ce qui ne fait que renforcer l'impression qu'on avait déjà eu à l'écoute des albums Dumb Flesh et de Blanck Mass. Et si World Eater n'était qu'une clé de compréhension pour mieux cerner le travail de Fuck Buttons ? 

Bien entendu, ce raccourci est un peu énorme et dire cela, ce serait ignorer le travail fourni sur des morceaux comme "Please", "The Rat", ou "Minnesota / Eas Fors / Naked" qui prouvent que lorsque la bestiole montre les dents, elle domine son sujet. La comparaison qui lui fait du tort, elle vient plutôt de morceaux comme "Rhesus Negative" ou "Silent Treatment". Là où Fuck Buttons prend de la hauteur grâce à des compositions massives mais efficaces, Blanck Mass donne dans la fuite en avant. Et l'empressement et le manque de subtilité impactent alors terriblement le rendu final. À contrario, ces échappées peuvent aussi donner à World Eater un aspect plus expérimental, voir imprévisible, qu'on ne trouvait pas sur les albums précédents. Qui l'emporte donc ? Honnêtement, on n'en a pas la moindre idée et on s'en fout un peu car le projet reste vraiment ambitieux et de qualité.

Force est de constater qu'il y a quand même un pas qu'on a encore du mal à franchir au sein de la rédaction de Goûte Mes Disques. On se rend compte, et vous l'aurez sans doute remarqué, qu'il est impossible de parler de Blanck Mass sans s'orienter vers "c'est vraiment du solide mais c'est pas Fuck Buttons". En même temps, on se rend compte du peu d'importance que peut avoir ce genre de débat puisque, si le produit est de qualité, la polémique devient vite stérile. 


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