Chronique de Beckuto (Xsilence)
Son précédent album Panda Bear Meets The Grim Reaper était bien plaisant aux premières écoutes, mais était devenu assez vite lassant au fil du temps... ici ce problème ne se pose pas, Buoys fait partie des grandes réussites de l'artiste (9 chansons au total dont 1 seule assez moyenne) – oui, vous pourriez avoir envie de dire "mais l'album vient tout juste de sortir, comment il peut l'affirmer aussi vite ?"... eh bien ce disque est effectivement sorti le 08 Février, cette chronique est écrite aux alentours de cette date, mais comme ça arrive parfois de nos jours, Buoys a leaké des mois en avance (fin Novembre 2018) et comme un gros mort de faim avide de nouveautés, je me suis jeté dessus sans aucune gêne ("j'ai acheté le CD" me dis-je pour me donner bonne conscience). Et depuis je me repasse le disque plusieurs fois par mois avec toujours autant de plaisir.
9 chansons donc, pour une demi-heure homogène. Panda Bear réussit à installer une ambiance apaisante tout du long à l'exception de la fameuse chanson moyenne que j'ai évoqué juste au-dessus "Inner Monologue" ; en réalité ce n'est pas qu'elle est vraiment moyenne, bien au contraire, mais c'est seulement qu'entendre 4min37 d'une belle mélodie à la guitare avec des percussions justement utilisées ça aurait suffit... sauf qu'il a fallu qu'il demande à une amie de rajouter par-dessus des pleurs... ce n'est pas très agréable ou alors peut-être si vous voulez vous foutre le bourdon volontairement.
Homogène je disais, écoutez la première piste "Dolphin", si vous êtes conquis, c'est tout bon, vous êtes partis pour aimer ce disque ; si c'est le contraire... inutile de continuer l'écoute. Les rythmes se ressemblent, c'est comme si on était entré dans une boucle sonore avec assez de changements pour continuer à rester captivé. Il a un petit truc de magique cet album, il détient ce que j'appelle "l'effet Jumanji" : c'est hypnotique, ça intrigue, ça t'attire, t'as envie d'y aller, tu ne sais pas pourquoi, c'est simplement instinctif.
Panda Bear retrouve une flamme créatrice bienvenue ; Buoys pourrait être un nouveau départ autant pour sa carrière solo que pour Animal Collective.
Chronique de Aurélien (Goûte Mes Disques)
Instant vieux con : voilà déjà dix ans que le très beau Merryweather Post Pavillon d’Animal Collective est sorti. Une éternité passée en un clin d’œil, qui nous rappelle que le temps file et que d’une manière ou d’une autre, nous sommes tous soumis à sa cadence militaire. Force est d'ailleurs de constater que ça fait aussi une décennie que le groupe de Baltimore enchaîne les disques au mieux quelconques, au pire franchement pénibles. Il ne propose en tout cas rien de suffisamment attrayant pour rallier à leur cause les fans de freak folk partis trouver du réconfort chez Xiu Xiu, ou même ceux qui les ont découverts sur leurs frasques pop. Et si on ne doute nullement de l’honnêteté de leur démarche, on ne peut que constater qu’ils n’ont simplement plus leur légendaire inspi d’ailleurs qui a fait d’eux ce groupe si important à la toute fin des années 2000.
De son côté, on ne sait pas quel rapport Noah Lennox entretient avec le temps, lui qui a fêté ses quarante berges l’an passé. Mais à lire ses dernières interviews, on ne s’inquiète pas trop : il semble vivre à l’heure portugaise et coule des jours heureux avec sa femme et ses deux enfants dans les petites rues de Lisbonne, loin de la crise de la quarantaine. Lui-même semble se rendre compte qu’il a atteint un certain statut dans sa musique, au point où ça ne le dérange plus de partir en tournée pour rejouer de vieux disques à lui dans leur intégralité. Alors qu’est-ce qu’on peut bien attendre d’un sixième disque de Panda Bear ? Des remises en question, peut-être. Pourquoi pas de l’audace. Disons-le d’entrée de jeu : il n’y aura à peu près rien de tout ça. Mais si l’on ose donner une chance à Buoys, on peut se noyer dans un album bien plus profond qu’il n’en a l’air.
Car non, le temps n’a nullement remis en question l’optimisme solaire qui règne dans la tête et la musique de Panda Bear : c’est toujours ce one man choir qui joue des mélodies accrocheuses, avec cette efficacité qui rivalise avec les harmonies de Brian Wilson ou Paul McCartney. Et à bien des égards d’ailleurs, son Buoys se veut comme la suite directe de Tomboy, ce disque inégal, mais aux moments charmants ("Surfer’s Hymn" <3) qui a eu la lourde tâche de faire suite à Person Pitch et sa drogue auditive nourrie de samples, de field recordings, et de chœurs fantomatiques. Mais contrairement à son aîné pourtant, Buoys propose un impeccable fil conducteur et une production moins brouillonne et plus lumineuse, et qui ne trahit nullement son exceptionnelle économie de moyens. Elle épure même ses mélodies de toute superficialité susceptible de rompre l’écriture apaisée et imperturbable qui règne sur cette demi-heure de musique.
Si musicalement le disque est peu aventurier et que sa prise de risque est mesurée – une pointe d’autotune sur les hululements de "Master" et un clin d’œil réussi à Serge Gainsbourg sur "Inner Dialogue", c’est a peu près tout – Panda Bear semble avoir retenu les erreurs de son groupe et n’a plus l’ambition d’ouvrir sa musique à de nouvelles expérimentations vaines. En fait, Buoys est plutôt l’affaire d’un musicien épanoui, qui prend du plaisir à maîtriser son art sur un disque de folk plein de sérénité et de couleurs, rappelant par moments les films de Wes Anderson. Une belle surprise qui nous donnerait presque envie d’aller voir du côté de l’autre frontman d’AnCo, Avey Tare, qui a lui aussi sorti un nouveau disque solo.