Superfuzz Bigmuff Plus Early Singles

Superfuzz Bigmuff Plus Early Singles

Mudhoney

17 / 20 1990 Sub Pop Compilation / CD  Vinyle  K7 Audio

Chronique de UpToTheSkies (Xsilence) 16 / 20

Posté le 29/08/2008
Déjà sorti deux ans auparavant, le Superfuzz Bigmuff des Mudhoney se voit réédité et affublé de nouveaux titres par le label Sub Pop. Un EP qui a lui tout seul peut résumer la carrière du groupe de Seattle tant la qualité est au rendez-vous, au contraire du succès commercial. Et même si le groupe est réhabilité aujourd'hui auprès d'une certaine frange d'auditeurs, sa musique et sa légende sont trop souvent oubliées. N'en déplaise aux amateurs de Nirvana, Soundgarden ou Pearl Jam (qui peut-être ont vaguement entendu parler de Green River ?), il y a bien eu un autre groupe pour incarner jusqu'au bout des ongles sales le fameux mouvement grunge.

Et Mudhoney en est le représentant par excellence. Dans l'action et dans la philosophie. Armés de pédales fuzz et de distos vrombissantes, les "merde au cul" (comme je le traduirais personnellement, même si c'est littéralement proche de "miel au foutre", savoureux ou pas) dégagent une énergie et un groove irrésistibles. Et ils font grésiller admirablement les enceintes de tout ce qui se trouve à porter de leur saleté. D'un point de vue purement musical on se situe dans la suite directe de Green River, à ceci prêt qu'on a plus l'impression d'entendre un groupe de garage punk soudé et plein d'inventivité qu'un mammouth eighties défoncé à l'héro...

Globalement on a affaire à de véritables pépites, de vrais singles comme on en sait plus faire, avec assez de crachat et de sueur dedans pour faire pâlir les Ramones et les Sex Pistols ("Hate The Police", "Burn It Clean") et assez d'ambition pour tâcler la soupe FM qui passe à la radio. C'est fait dans la même matière peu reluisante que le Bleach de Nirvana, ça écrase, ça défonce, ça envoie des coups de jus, ça bourrine de partout, avec des solos cradingues et des breaks placés juste comme il faut. Mais à la différence des compositions mélodico-destructrices (mix des Beatles et de Black Sabbath) de Kurt Cobain, les Mudhoney font dans les progressions d'accords les plus simples sans ligne mélodique définie et le rentre-dedans permanent, avec un chant geignard et pas forcément juste. Mais au combien jouissif et efficace ! Il y a de tout là-dedans, du Sonic Youth (si si, vraiment, "Halloween") et du morceau déglingué qui scotche : "Sweet Young Thing", "You Got It". On finit forcément avec une bosse dans le pantalon.

Punks jusqu'au bout, les veines bien ouvertes à tous produits, la tête dans le mur : on les redoute et pourtant on a terriblement envie d'en faire partie. "Touch Me I'm Sick" porte bien son nom.

Mais la seconde partie du disque sent plus les égouts et la lourdeur que le reste. Ce n'est pas que ça soit mauvais, l'effet de surprise (de fraîcheur abrasive, inventons des expressions bancales) est passé et la structure des morceaux ne fait que répéter un même schéma en boucle, ou presque.

Seulement, cet EP fait partie de ces disques qu'on écoute et qui prennent comme ça sans que l'on sache, dans un élan sado-masochiste. Avec Bleach et Superfuzz on a deux faces complémentaires d'une rage à l'état pure. Des oeuvres imparfaites et pleines de charme pour cette authenticité toute juvénile et naïve. Vraiment, le plaisir de se souiller.

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