You Won't Get What You Want

You Won't Get What You Want

Daughters

17 / 20 2018 Ipecac Album / CD  Vinyle

Chronique de X_Cosmonaut (Xsilence) 17 / 20

Posté le 26/10/2018
Il aura fallu presque une décennie aux américains de Daughters pour refaire surface.
Un retour totalement inattendu et presque pas réclamé ; le groupe semblait définitivement faire partie du passé au même titre que les cendres de leur précédent et franchement peu important groupe As The Sun Sets. Daughters ? Rien de mythique : c'était un bon petit groupe, sans plus.

Un réflexe instinctif est donc de n'absolument rien espérer d'un album de Daughters en 2018, escadron bouillonnant faisant jadis le joint entre Converge et Arab On Radar. Circulez, y a rien à voir, bien qu'ils aient maintenant signé chez Ipecac ?

A la surprise générale, Daughters sort tout simplement son meilleur volume, en décidant très clairement de faire un gros pas du côté de The Jesus Lizard, The Men et Arab On Radar, en faisant un bon petit "fuck" à Converge tout en mettant un poids tonitruant et électrique sur l'ambiance du disque. Il apparaît même inconcevable de parler de "réunion" pour le groupe d'Alexis Marshall, tant on a l'impression parfaite et claire de tenir l'album d'un petit nouveau de la - certes tout de même très vieillissante - scène post-hardcore, sur lequel on serait bien inspiré d'en faire un gros favori pour les années à venir.

Daughters enfile même assez souvent et très habilement le costume "spoken-word" de Mewithoutyou ou Protomartyr.

Les morceaux suivent méticuleusement un plan par "paliers", et tournent de manière entêtante, sur une ambiance lourde et ultra-puissante.

Un groupe quasi négligeable qui revient de nulle part dix ans plus tard pour sortir une perle : je n'ai vraiment aucun souvenir d'un précédent du genre.

L'impression finale de l'ambiance dégagée par You Won't Get What You Want est simple : si c'est le meilleur album de Daughters et qu'il faut l'écouter en tapant le volume à fond, c'est aussi un des albums majeurs de 2018. Un vrai casse-tête pour établir son top 5 (!) quand débarque un truc comme ça fin octobre. La cerise sur le gâteau ? Difficile d'imaginer que Daughters disparaisse de sitôt ; avec cette masse jouissive il est invraisemblable qu'il s'agisse ici de leur dernier album. Daughters est maintenant bien parti pour durer.

Chronique de Alex (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 06/11/2018

Notre route croise celle de Daughters pour la première fois en 2003 lorsque le groupe de Rhode Island sort Canada Songs, un premier disque riche en déstructurations rythmiques. Insaisissable et avant-gardiste, Daughters fait alors figure d’enfant terrible au sein d’une scène hardcore / mathcore pourtant très vivace. S’en suit une période trouble où le groupe se met en pause pendant plusieurs années puis réactive la machine avec un troisième album orienté noise en 2010, avant de repartir en hibernation, se contentant de sillonner sporadiquement les routes américaines. Mais voilà que le groupe ressort par miracle de sa catatonie pour livrer un nouvel album, le premier en 8 ans.

Peut-être sont-ce les longues années de pause que se sont octroyés les Américains qui leur ont permis de ne jamais produire le même disque. Peut-être est-ce juste le signe d’une formation qui ne s'impose aucune contrainte. Quoi qu’il en soit, You Won’t Get What You Want est le nom de ce disque qui sort sur Ipecac Records et il est aussi majestueux que terrifiant.

Le fait que ce quatrième album s’inspire grandement de musiques de film et d’ambiances minimalistes au niveau de sa composition saute immédiatement aux oreilles. Daughters est depuis longtemps passé maître dans l’art d'instaurer des ambiances dérangeantes et anxiogènes, et YWGWYW semble être l’accomplissement de ces années passées à repousser les frontières de nombreux genres. Et là semble résider la véritable force de ce disque: aucun titre ne ressemble à son prédécesseur et le tout reste pourtant terriblement cohérent - on peut passer de sonorités sludge (« Satan In The Wait ») pour ensuite se voir ramener aux origines du groupe dans ce qu’elles ont de plus chaotique (l’abrasif « The Flammable Man ») sans que cela choque ou dérange. On pourra aussi déceler l’influence de Swans, ou de Nine Inch Nails (« Less Sex »), mais dans son ensemble, YWGWYW ne ressemble à aucun autre disque. Quant au crooner schizophrène Alexis Marshall, il porte le projet sur ses épaules, ce qui est un véritable exploit quand on est épaulé par un groupe qui semble être dans un état de grâce pour la première fois depuis des années, délivrant ici les compositions les plus abouties et audacieuses de sa carrière. 

Traverser cet album est une expérience cauchemardesque et obsédante. Véritable caisse de résonance des angoisses et douleurs de ses membres, YWGWYW permet à Daughters d’y étirer de manière exceptionnelle les ficelles des genres et des émotions pour totalement déstabiliser son auditeur. On n’y recèle à aucun moment l’impression d’un quelconque cloisonnement artistique et c’est en cela que You Won’t Get What You Want est probablement le disque le plus évocateur et le plus saisissant de l’année, et Daughters l'une des entités les plus sous-estimées et fascinantes de sa génération.


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