Black Celebration

Black Celebration

Depeche Mode

18 / 20 1986 Mute Album / CD  Vinyle  K7 Audio

Chronique de Machete83 (Xsilence) 18 / 20

Posté le 02/04/2013
Black Celebration pourrait être la B.O. d'un film imaginaire, mettant en scène la désolation d'un monde pré ou post apocalyptique, à moins que l'on soit carrément à l'intérieur même de cette apocalypse...
Je m'explique: le titre d'ouverture, qui est donc le même que celui de l'album, comme un générique de début, rappelle furieusement des mélodies pouvant être utilisées dans un film de John Carpenter, en plus romantique ici bien entendu. Romantisme précédant la fin d'un monde tel que les années 80 l'imaginait (on pense à Blade Runner de Ridley Scott aussi, la pochette renvoie à cette idée de cité artificielle déshumanisée) et que l'on retrouvera dans plusieurs titres par la suite ("Stripped", "A Question Of Time", "New Dress"...)

Le titre "Black Celebration" traduit une certaine urgence dans cette désolation, où les teintes noires et rouges enfumées se répandront dans tous les titres qui suivront. "Fly On The Windscreen" s'enchaîne parfaitement avec son prédécésseur, et est sans doute le meilleur titre de D.M., sinon son plus sensuel (une chanson sauvée in extremis par Wilder, qui préfigure les expérimentations plus radicales qu'il effectuera avec Recoil, avec la voix féminine lascive sur la fin du morceau, on pourrait même y entendre un peu de hip-hop si l'on voulait chanter le génie de l'ex architecte sonore du groupe). La fin du monde est bien présente, la mort mariée à la pulsion du désir...
C'est également l'album de D.M. où Gore chante le plus de titres, pas tout le temps de manière adroite ("A Question Of Lust" est pas loin du "Take My Breath Away" de Top Gun si l'on veut poursuivre dans le cinématographique). "Sometimes" reprend le concept de "Somebody", il est un peu dommage que le groupe ait servi du réchauffé, même s'il fait volontairement écho au disque précédent. Pas forcément le pire de Gore mais bon, on attend quand même le retour de Gahan au chant. "It Doesn't Matter Two" est glauque et romantique à la fois, avec des chœurs trafiqués. Après 3 titres chantés par Gore, on revient avec des titres forts.

"A Question Of Time" retrouve cette urgence sur fond de désolation et d'innocence perdue, les paroles sont ambiguës à souhait et poursuivent cette idée de "futur proche des années 80 post-apocalyptique". C'est devenu par la suite un classique du groupe, et très rock en concert. "Stripped" continue dans cette recherche de pureté dans un monde décharné (ou l'inverse qui sait ? Avec Martin Gore, on ne sait jamais vraiment), et on retrouve ces fumées ocres lancées au début, cette pollution latente qui empoisonne les mélodies et les sons, jusqu'à un grand final désespéré.
Il est vrai que Black Celebration a un son particulier, comme enfermé dans des vapeurs toxiques, embouteillé pour ne contenir que l'ivresse de son désespoir (c'est vrai que c'est un peu too much ce que je dis mais bon, autant s'y croire...). Plus sérieusement, Gareth Jones accomplit un travail très particulier, qui va bien au delà de "Some Great Reward" au niveau du son. Ce sera le dernier disque berlinois du groupe par ailleurs.

La suite se fait plus intime avec "Here Is A House", et ses clavecins 80's adolescents, et très "pop", tandis que "Word Full Of Nothing" marque le retour d'un Gore, observateur omniscient d'un amour ambigu. "Dressed In Black" ressemble à une procession funèbre dans son instrumentation, alors que Gahan chante encore la passion morbide pour une femme habillée en noir dans un monde absurde. Les chœurs de Gore illustrent cette folie du désir, et montre encore une fois qu'il aime le cuir... "New Dress" est la dernière chanson engagée du groupe, et n'est pas dénuée d'humour, preuve que les D.M. ne sont pas que des désenchantés gothiques comme leur fans (et comme l'a été l'auteur de ces lignes).

Les "extra tracks" sont un remix de "Stripped", "But Not Tonight" (une sorte de "In Between Days" depeche modesque) et "Black Day" (où l'on croirait Gore perdu au milieu d'un désert, contemplant ce monde ayant pris fin).

Black Celebration est donc un album en rouge et noir, montrant un groupe résolu à démontrer sa crédibilité, et qui restera un album essentiel de leur discographie.

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