Dirty Computer

Dirty Computer

Janelle Monáe

17 / 20 2018 Atlantic Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de X_Lok (Xsilence) 17 / 20

Posté le 27/04/2018
Quand un album débute sur un featuring de Brian Wilson, on peut dire qu'on est sur de très bonnes bases. Même si ce feat. a tout du sample, à l'instar de celui de Louis Prima dans le Kids See Ghosts de Kanye West et Kid Cudi, Ces choeurs posent tout de suite un je ne sais quoi de confortable, une petite sensation de bien-être. Sacré Brian.

Avec ce quatrième album, Janelle Monáe vogue moins au gré de ses envies que dans The Electric Lady, album plus que consistant avec ses deux parties distinctes. Dirty Computer est certes un sublime mélange d'influences, de styles de références, c'est surtout un état de grâce généralisé qui se ressent au gré des quatorze titres. Si elle aime toujours autant les interludes de quelques dizaines de secondes, ils sont savamment disposés dans l'album pour offrir quelques respirations entre les titres toujours bien sentis. Epaulée une nouvelle fois par la paire de producteurs Punk Prophets (Chuck Lightning et Nate "Rocket" Wonder), invitant quelques amis sur le disque (Pharell Williams, Zoe Kravitz ou Grimes par exemple), Dirty Computer s'écoute et se ressent comme un disque de potes, s'amusant à tester les ambiances, à coller tel son là, à poser un sample ici, sans jamais chercher la construction facile, mais en réalisant la prouesse de rendre obsédant chaque titre. Allant du hiphop à la soul sans se jamais se perdre en chemin, Janelle n'a plus rien à prouver et ose un album à la fois populaire et exigeant, impressionnant de maîtrise. Un "Make Me Feel" qui rappelle évidemment Prince, "I Got The Juice" qui se la joue complément parfait au "Sauce" de l'homme des bois, ce nouveau disque ne comporte, on peut le dire, que peu de défaut. Certains le trouveront sans doute trop propre, trop fini, trop produit, mais ça n'en fait pas un moins bon album pour autant, bien au contraire. Janelle Monáe et ses potes ne sont jamais avares d'idées, comme ce mélange d'autotune et de flanger sur "Stevie's Dream", long titre lorgnant vers un r'n'b presque acoustique annonçant une fin d'album épique, avec une sorte d'hommage à Bowie en guise de générique de fin.

Celle qui fut découverte par Big Boi (d'Outkast) et Sean Combs (aka P.Diddy) offre avec Dirty Computer un concentré de magie, le genre d'osmose entre voix, parole et production qui n'arrive que très rarement. Sauf qu'avec elle, c'est pratiquement le cas à chaque album.

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 18 / 20

Posté le 27/04/2018

Lorsque Janelle Monae avait sorti son premier EP Metropolis: Suite I, tous avions immédiatement vu son talent immense dans cette femme en Tuxedo, vu son univers rétro-futuriste truffé de références musicales comme littéraires et cinématographiques, vu le futur d’une grande star. Ce qu’elle est devenu dix ans plus tard, le futur c’est donc maintenant, grâce aussi à ses talents d’actrice que l’on a découvert dans deux sorties majeures, Moonlight et Hidden Figures. Alors pour la sortie événementielle de ce troisième album baptisé Dirty Computer, Janelle se lâche totalement.

Curieusement, je me suis toujours questionné sur la sexualité de l’artiste Bad Boy, elle qui était si romantique avec les robots-humains durant sa saga Metropolis-ArchAndroid-Electric Lady. La réponse fut donnée il y a peu, puisque supposément sous l’effet du mouvement #MeToo, Janelle a déclaré publiquement être bisexuelle, mieux pansexuelle. Très fort et courageux de sa part, mais tellement elle, une liberté sexuelle très fièrement assumée sur cet album qui n’est pas la Suite (avec un ‘s’ majuscule) des albums précédents, bien que le titre possède effectivement une référence aux machines… et à Prince. Dirty Mind avec l’IA supra-humaine de Janelle, cela donne l’oeuvre féministe Dirty Computer.

Musicalement et philosophiquement, une partie de l’âme de Roger Nelson s’est réincarné sur cet album, que ce soit sur des titres comme « Crazy, Classic, Life » et la pop funky de « Make Me Feel » (produit par un duo scandinave, Mattman & Robin), qui sonne furieusement comme une version modernisée du stantard « Kiss« . Elle peut se le permettre, elle qui a eu l’honneur d’avoir eu le regretté Artiste, comme admirateur et à ses côtés sur l’extrait d’Electric Lady « Give Them What They Love« . Quand je dis Prince, les inspirations que l’on retrouve dans les algorithmes des prods vont des mélodies 80s à ses créations des années 2000 (Musicology, 3121), puis cette tension sexuelle permanente, délicieuse et scandaleuse, en un mot, jouissive. Écouter des chansons comme « I Like That » (co-produit par les Organized Noise) et « Screwed » en compagnie de Zoë Kravitz, c’est comme prendre son pied, surtout quand le titre glisse sur le puissant égotrip « Jango Jane« . Sur « I Got The Juice » avec Pharrell au rap, le polyamour de Janelle Monae fait rimer paradisiaque avec aphrodisiaque, tandis que « PYNK » (avec Grimes) est d’une douceur érotique. C’est bien une sagittaire.

L’équipe de producteurs pour Dirty Computer responsable de cet orgasme multiple est la fidèle Wondaland Arts Society de Nate Wonder et Chuck Lightning, entouré de personnel qualifié comme Sounwave, Thundercat, les Organized Noise (y compris Sleepy Brown), Jidenna, Nana Kwabena, Jon Brion… C’est bien la voix d’un Beach Boys, Brian Wilson, que l’on entend sur le morceau d’ouverture, c’est bien Stevie Wonder qui parle le temps d’un interlude, c’est bien une claque du revers de la main qu’on se prend dans la joue de la part de cette femme androide qui met la chatte sur un piédestal comme qui dirait et fait surchauffer les circuits neuronaux comme les canaux sanguins. Esthétiquement, le côté science-fiction majestueux de Archandroid et Electric Lady peut manquer sur ce troisième opus, une micro-déception calmée par la superbe ballade « Don’t Judge Me » et les puissants messages politiques de « Americans« .

 


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