Chronique de Myfriendgoo (Xsilence)
Ce septième album studio (comme son nom l'indique) ne déroge pas à la règle, même s'il est plus varié que ses prédécesseurs et qu'il va encore un peu plus loin dans la veine rock qu'avait commencé à explorer Thank Your Lucky Stars. "Dark Spring", le premier morceau de l'album, est d'ailleurs à ma connaissance le morceau le plus rock jamais enregistré par le duo. Pour autant, on est encore loin des Clash. Beach House reste un groupe de dream pop, mais les sonorités sont ici plus râpeuses que jamais, comme cette discrète guitare sortie d'un album de Bowie des années 70 sur le caressant "Lose Your Smile". Dans un autre style, "Black Car", doucement groovy et légèrement électro, évoque les albums récents de Blonde Redhead. L'autre nouveauté, c'est une chanson en français, "L'inconnue", qui rappelle l'ascendance de Victoria Legrand (oui, la nièce de).
Et puis il y a ces deux sommets de pop mélancolique comme seuls Victoria Legrand et Alex Scally savent en écrire ("Lemon Glow" et "Drunk In LA"). Qu'est-ce qui fait que ces deux morceaux se sont imprimés dans mon crâne plus que les autres ? Mystère. La différence avec les autres est ténue.
Peut-être qu'à force de l'écouter, cet album va devenir mon préféré du groupe, même si pour l'instant je le place un chouia en dessous de l'envoûtant et diaphane "Thank Your Lucky Stars". Ce qui est clair en tout cas, c'est que le duo a franchi un pallier avec cet album.
Chronique de Maxime (Goûte Mes Disques)
Quand un critique musical qualifie un album de « beau mais chiant » il ne s’agit généralement pas d’un compliment. J’en veux pour exemple le dernier Arctic Monkeys qui a fait pas mal de vagues au sein de la rédaction et dont la formule piano bar n’a pas vraiment fédéré. Cette règle ne s’applique pas à Beach House dont l’amateur pose un disque sur sa platine justement parce que leur musique est belle mais (parfois) (un peu) chiante. Or pour cette septième livraison, le duo de Baltimore prend son public à contre-pied, en faisant évoluer sa dream pop cotonneuse vers quelque chose de nouveau et plus rythmé. On avait déjà noté une entame de mouvement sur le précédent Thank Your Lucky Stars, qui bien que sorti quelques mois seulement après Depression Cherry, était un album à part entière, beaucoup plus varié et aventureux que ce dernier.
Avec 7, le groupe continue de s’éloigner des rêveries en apesanteur de Teen Dream ou de Bloom pour enrouler ses mélodies dans des textures plus rugueuses, tout en conservant sa formule à base de synthétiseurs duveteux et d'échos. Conscient peut-être des répétitions de ses derniers disques, le duo a fait appel au producteur Sonic Boom (membre fondateur des Spacemen 3 qui a depuis produit des disques de Panda Bear ou MGMT), en lieu et place du fidèle Chris Coady qui officiait depuis Teen Dream. La dream pop se dilue alors dans des sonorités shoegaze étouffantes, pour un résultat plus dense et moins vaporeux que par le passé, à tel point que certains morceaux n’auraient pas dépareillés sur l’excellent disque du retour de Slowdive sorti l'an dernier.
La section rythmique plus que jamais mise en avant entraîne certaines pistes vers une forme de psychédélisme introverti ("Lemon Glow", la seconde partie de "Dive"), bien que l’approche mélancolique qui a toujours prévalu chez Beach House soit toujours de mise ("Pay No Mind" ou encore "Black Car" qui lorgne de manière appuyée sur du Blonde Redhead dernière période). En outre, on ne sait trop si c'est de l'audace, mais on note l’exercice de style réussi sur "L’inconnue" et son passage en français. Pour un auditeur francophone le morceau en français par des américains est toujours l’occasion d’une bonne tranche de rigolade (en même temps on leur a envoyé Christine & The Queens on peut pas trop faire les malins), mais le duo réussit l’exploit de ne pas tomber dans cet énorme piège à cons, peut-être parce que la chanteuse Victoria Legrand n’est autre que la nièce du compositeur français Michel Legrand.
Même si le style du groupe évolue lentement (on parle de Beach House quand même), il évolue, nettement par moments. Et pour une formation au son aussi caractéristique, et qu'on croyait pour toujours vissée à ses certitudes, cela mérite d'être surligné au gros marqueur. Un disque qui vaut bien son 7, assurément.