Wanderer

Wanderer

Cat Power

18 / 20 2018 Domino Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de Beckuto (Xsilence) 18 / 20

Posté le 05/10/2018
Tu m'avais laissé, dansant sous le soleil, j'avais l'espoir de te revoir plus souvent, puis tu es reparti... j'ai attendu ton retour Miss Marshall, je m'inquiétais, puis je te retrouve enfin en cette année 2018, quasiment seule sur album et semble-t-il assez heureuse (il n'y a qu'à voir qui est sur ta pochette). Ce Wanderer c'est un peu le disque que j'ai attendu des années, un vrai disque de Cat Power, composé, construit, enregistré et produit par toi et toi seule – oh tu te permets d'inviter des amis (Lana Del Rey, Nico Segal et Patrick Warren), mais ça reste ton art ! Ta sensibilité, ton lyrisme, ce sentiment de ni trop ni pas assez, juste ce qu'il faut, le mélange acoustique/électrique, tout çà je l'ai aimé chez toi et je le retrouve de nouveau (un poil plus d'électrique ne m'aurait pas déplu). Ta voix, ton talent m'accompagne durant 38 minutes que je voudrais éternelles. Des chansons comme "Horizon", "Black" ou "Me Voy" ont le pouvoir de me faire chialer et là je ne cite que celles-ci parce que sinon je ne ferais que çà ; tu as réussi à enchaîner de telles réussites, je suis bien heureux que t'aies envoyé chier ton ancien label qui ne trouvait pas ce disque assez bon – putain les cons ! Piano ou guitare, je ne sais pas, je ne sais plus ce que je préfère que tu joues... en fait si, que je suis bête, c'est tellement mieux quand tu fais les 2, t'es tellement capable de briller à tous les postes. J'entends ta musique et je peux percevoir toute l'émotion qui t'envahit, j'ai l'impression que t'en a tellement mis dans cet album. Une Artiste vraie comme on dit. Je n'ai pas vraiment envie d'écrire plus longtemps pour te dire tout le bien que ton album m'a fait en cette fin d'année difficile, seulement de l'écouter. Je sais que le rapport Artiste/Fan peut être bizarre, mais j'ai toujours vu en toi une grande sœur fictive, accourant dès que j'ai un problème ou que je veux m'éclater ; cette année ce sera pour me soutenir.

Merci Cat Power, simplement merci.

Chronique de Albin (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 24/10/2018

Bon dieu que ça fait du bien. Après 6 années d’un silence insoutenable, Chan Marshall aka Cat Power opère un retour fracassant, celui qu’on n’osait plus espérer. À vrai dire, passé l’effet d’annonce, on ne savait trop qu'attendre de ce dixième album studio. Le très surprenant "Woman" en duo avec Lana Del Rey, balancé en pâture un bon mois avant la sortie du disque, aura finalement entretenu le mystère jusqu’au bout: Cat Power allait-elle de nouveau s’égarer dans une tambouille pop qui lui va aussi bien qu’une paire de santiags sur un survêt’ en peau de pêche ou, au contraire, revenir à ce qu’elle fait de mieux, à savoir s’épancher dans d’effroyables mais délicieuses compositions mélancoliques ?

Il aura suffi de quelques secondes d’intro pour nous convaincre: ce "Wanderer" a cappella, sous ses airs de gospel, annonce bel et bien un album de très haute tenue. La première impression est immédiatement confirmée par "In Your Face", délicate ballade toute en fraîcheur, soulignée par une guitare et un piano discrets. Voilà la Chan Marshall qu’on adore: une voix douce, fragile mais surtout intacte. Or, depuis les débuts de la collaboration avec les musiciens d’Al Green ou de Booker T à partir du formidable The Greatest en 2006, on commençait à en douter. Ces vieux briscards, conviés à plonger les mains dans le cambouis, ne servaient-ils pas avant tout de cache-misère? N'avaient-ils pas été appelés à la rescousse pour épauler une artiste qui, littéralement, physiquement et mentalement, luttait pour tenir debout ? Elle n’en a d’ailleurs jamais fait grand mystère: empilant une liste d’accidents de la vie longue comme un lundi sans café, la biographie de Chan Marshall renverrait celle de Johnny Cash au rayon des livres de coloriage.

C’est précisément ce statut d’écorchée vive qui avait été soigneusement enfoui sous le paillasson depuis pratiquement 10 ans, jusqu’à créer un immense malaise sur Sun en 2012. L’album célébrait à ce point le déni de soi qu’il sonnait comme un prêtre reprenant la Compagnie Créole en plein milieu d’un enterrement. En 2018, Cat Power tire un trait sur les errements des dernières années et assume les blessures qui lui ont forgé un style unique. L’album correspond d’ailleurs à un changement de label, passant de Matador à Domino, ce qui est tout sauf un détail, Matador ayant refusé de sortir un disque jugé "pas assez bon et dépourvu de hits". On en connaît qui vont s’en mordre les doigts.

A défaut d’aligner les machines qui accumulent les vues sur Youtube par millions, Wanderer fait défiler des pépites brutes. Il en ressort un album plein, qui reflète à la fois tout le talent et la timidité maladive de Chan Marshall, jusqu’à atteindre des sommets de perfection sur "Stay", reprise du tube interstellaire de Rihanna, dans une version au piano qui mouille les yeux par seaux de 10 litres et qui se hissera sans peine dans tous les classements de fin d’année. Quant à "Woman", ce fameux single avec Lana Del Rey, c’est au milieu de l’album, enclavé entre les magnifiques "You Get" et "Horizon", qu’il prend tout son sens: celui d’un hymne, porté par une artiste qui, au bout de 20 années de carrière chahutée, parvient enfin à fixer son public dans le blanc des yeux sans s’effondrer ou feindre d’aller bien.


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