Ekstasis

Ekstasis

Julia Holter

19 / 20 2012 Rvng. Intl. Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de Myfriendgoo (Xsilence) 19 / 20

Posté le 08/03/2012
Il y a des gens agaçants par leurs qualités. Julia Holter en fait partie : musicienne douée et compositrice inspirée, intelligente et charmante... Disons-le tout de suite, je suis tombé amoureux de cette californienne dès la première écoute de son quatrième album Have You in My Wilderness, quelques semaines avant de la voir en plein soleil sur la scène du Fort à la Route du Rock 2016. Enfin, pas dès la première écoute : d'abord impressionné par cette voix aérienne et par l'univers sonore extrêmement sophistiqué - mais néanmoins mélodique - au dessus duquel elle plane, je me suis lentement familiarisé avec cet album, avant d'aller explorer les deux précédents. Et puis, progressivement, Ekstasis - son deuxième album, dont il est question dans cette chronique, au cas ou vous l'auriez oublié - a pris le pas sur les autres : un motif entêtant s'est imposé à moi, une sorte de mazurka mécanisée jouée du bout des doigts. Ce motif est devenu une chanson que j'écoute encore en boucle deux ans après ("Für Felix"), et m'a donné un point de repère au milieu de ce voyage musical particulièrement dépaysant. Julia a beau venir de Californie, sa musique évoque plutôt la Laponie ou l'Islande, de grands paysages glacés dominés par de furtives aurores boréales. Ou plus prosaïquement, Cocteau Twins produit par Brian Eno.
A mon grand regret, je n'ai pas retrouvé la fluidité de cet album sur le suivant, Loud City Song, et Julia est partie vers d'autres contrées plus organiques, plus jazzy et plus accessibles à partir du quatrième. Tant pis, je continue de me passer régulièrement cet album qui porte bien son nom, en général le soir, pour effacer les bad vibrations de la journée.

Chronique de Julien L (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 23/07/2012

Ekstasis, troisième album de Julia Holter, prolonge l'ébranlement, le trouble musical inauguré sur Tragedy paru l'année dernière : un épanchement inspiré par le théâtre de la Grèce antique, une trame narrative mythologique. L'album a été enregistré au même moment que Tragedy, mais là où ce dernier puisait sa force dans la linéarité presque cinématographique (thématique et musicale), l'artiste s'affranchit de toutes contraintes sur Ekstasis et se rapproche, volontairement ou non, d'une écriture aux inclinations beaucoup plus pop. Quand à la voix de Julia Holter, elle se colore de la tessiture d'autre grand noms, tout particulièrement Trish Keenan (feu la voix d'or de Broadcast) et, de manière encore plus évidente, Stina Nordenstam.

"Marienbad", premier morceau de l'album dont le titre est une référence directe au film « L'année dernière à Marienbad » d'Alain Resnais, ancre la tonalité du reste de l'album: complexe et galante à la fois, entre la douceur de l'introduction du morceau et le pont aux syllabes répétées rappelant "O Superman" de Laurie Anderson. Ekstasis a le pouvoir d'évoquer, d'invoquer diverses autres entités nécessaires tout en préservant sa propre unité, sa propre personnalité ("Boy in the Moon" illustrant, par exemple, le mariage fictif de Brian Eno période ambiante à Nico période Desertshore). Le titre de l'album, tiré du latin et signifiant "être en dehors de soi-même, justifie les dédales sonores empruntées par Holter. Tout ici est bel et bien au-delà et en dehors: les compositions puisent dans le baroque et transfigurent le songwriting traditionnel.

Ces objets sonores d'une apparente complexité évoquent un angle tout autre de la musique pop moderne, même si le terme « pop » doit évidemment être ici pris à la légère. Jusqu'aux dernières volutes de saxophone free-jazz de "This Is Ekstasis", Julia Holter s'empare de l'art du camouflage, survole les époques, irrigue les compositions d'Ekstasis de torrents acoustiques et synthétiques, insolents et ingénieux. Le tout pour nous offrir un disque qui, tout bien réfléchi, porte magnifiquement bien son nom.


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