Chronique de X_Lok (Xsilence)
Qu'est ce qui est variété, qu'est ce qui ne l'est pas ? Vaste question à laquelle je me garderais bien de répondre précisément, mais quand on voit que l'on peut mettre dans cette case aussi bien Daniel Guichard que Miossec, Christophe ou Desireless, voire même Jean Louis Murat... Après oui, on peut trouver des termes rassurants (ou pas), genre chansons néo-réalistes, nouvelle scène française, pop (à la) française et j'en passe. L'autre jour, je voyais David Guetta affirmer que Charles Aznavour était en quelque sorte le parrain de la French Touch. Il en dit des conneries le David parfois hein.
Certains vous diront que la variété c'est des chansons légères. Bon. Mais on peut facilement contredire cette idée en prenant, au hasard, le "Parachutiste" de Maxime Le Forestier sorti en 1972. On repassera pour la chanson légère. C'est donc sans fin, et surtout, je pense qu'on s'en moque éperdument, je pense, de savoir si Flavien Berger fait de la variét'.
L'intérêt réside évidemment dans la qualité de ce Contre-Temps, album attendu depuis fébrilement depuis l'annonce faite cet été, et les quelques titres déjà mis en avant. Comme il le dit lui-même dans "Deadline", "J'vais pas vous faire un album en deux jours". Il a pris le temps de bien faire le chose, et ce à tous les niveaux.
Il a taillé sa plus belle plume pour nous donner treize titres, mélange de drôlerie touchante, de non-sens surréaliste, de poésie franche, ces petites touches que l'on découvre en s'appropriant l'album, en tendant l'oreille lors des petits inserts savamment mis en scène dont je tairais le contenu pour ne pas en briser la magie subtile. Ce petit gars qui a commencé la musique sur PlayStation a pris une belle assurance pour nous chanter ces images mélodiques. Dans plusieurs registres, il arrive à faire transpirer le ressenti, l'intention de ses paroles à travers quelques intonations, parfois à travers le filtre d'un vocoder. Il arrive à traiter sa voix comme un instrument à part entière, n'hésitant pas, comme en témoigne ses concerts, à se boucler lui même, faisant corps avec ses synthés.
Conçu comme un véritable album, avec un début, une fin, et deux faces pensées comme telles, il arrive à nous rendre inconsciemment nostalgique, comme par exemple avec certains sons de "Brutalisme" qui font irrémédiablement penser à Eric Serra ou aux premiers Jean Michel Jarre(ça sentirait presque le D-50 ou quelque chose dans ce goût là) tout en faisant rimer kimono et Acapulco. Il sait aussi s'entourer d'instruments tels que le violoncelle ou le hang, pour le surprenant "999999999", là où on attendait logiquement un "666666", après Léviathan et Contrebande.01. Flavien aime les gens, et il a la bonne idée d'inviter deux copines, en plus de Maya de Mondragon, qu'on entend dans les petits intermèdes entre autres activités artistique avec Flavien. Julie Lanoë d'abord, échappée de Mansfield TYA ou Sexy Sushi et Bonnie Banane, sur le morceau-titre-fleuve qui j'espère donnera envie aux curieux d'aller écouter ses titres persos, qu'elle sort depuis 2012. Ce "Contre-Temps" de plus de douze minutes, véritable bijou d'intensité pop, qui joue à armes égales avec le "999999999" (qui dure 9 minutes pile, bien joué) bien plus expérimental, à eux deux ils forment les deux balises de l'album, sorte de cassures avec les autres titres, sans pour autant briser la cohérence du disque. Mais la meilleure façon d'appréhender ce disque, c'est encore de l'écouter. Et de le réécouter.
"Tu as déjà vécu ça en vrai", nous dit-il en tout début d'album. Et il n'a pas tort. Avec ses petites histoires, son côté fleur bleue exacerbé, ses mélodies accrocheuses et ambitieuses, Flavien Berger nous prend presque à contre-pied avec ce Contre-Temps. On a simplement envie de lui dire merci.
Chronique de Aurélien (Goûte Mes Disques)
Flavien Berger est un drôle de type. Et ça commence déjà par son physique d’ailleurs : à trente berges passées, il ressemble à un adolescent comme ceux qu’on peut croiser en sortant d’un concert de Metallica. Il a une légère bedaine, une moustache et une coupe de cheveux chelou. On peut dire qu’il a une bonne bouille d’artiste en tout cas, ce qui tombe plutôt bien puisqu’il en est un : il arrange, bidouille, compose. Flavien Berger écrit des chansons quoi. Souvent il se perd dans des délires compris de lui seul. Parfois, il réussit à écrire de très beaux morceaux. Et c’est justement cette deuxième catégorie qui arrive à donner un tant soit peu de sens à tout ce cirque.
Il aura fallu deux longues années à Flavien Berger pour réussir à boucler Contre-Temps. Deux années à travailler sur les mêmes chansons, c’est révélateur soit d'une extrême rigueur, soit du bordel qui règne dans sa tête. En tout cas, lui-même le reconnait : il est "mauvais pour les deadlines", et compose mieux sans cette pression du temps. Il en a même fait une chanson sur son troisième disque. Pas un interlude, non, un vrai morceau, avec un refrain, des couplets, et tout ce qui s’en suit. Il prend en effet un plaisir réel à sculpter des mélodies sur des thèmes qui n’en sont pas, et qui lui laissent donc une liberté totale. Celle de dépasser les mots, de les vider de leur sens pour qu’ils n’existent que pour habiller une de ces belles mélodies dont il a le secret.
À l'inverse, il ne faut pas avoir peur non plus de reconnaitre que toutes les chansons du disque ne sont pas de bonnes chansons. Flavien Berger lui-même reconnaîtra sûrement que certains titres ne doivent leur présence sur Contre-Temps que par l’attachement inexplicable qu’il leur porte, ou au contexte dans lequel il les a enregistrés. Bref, à toute cette partie mystérieuse que l’auditeur n'appréhendera probablement jamais. En même temps, ce n’est pas si grave s'il ne comprend pas : on peut penser que Flavien Berger n’est sans doute pas certain du sens qu’il a voulu donner à ses propres chansons, et qu'il s’en satisfait très bien. Le plus important, c’est que chacun puisse y coller des bouts de soi, des souvenirs, des moments. Et ça tombe plutôt bien, car entre le charme méditerranéen de "Brutalisme", la rythmique house de "Maddy La Nuit", ou les douze minutes lancinantes et félines de "Contre Temps" avec Bonnie Banane, les occasions de s'approprier le disque sont nombreuses.
Quand on se relit, on se rend compte qu'on pense beaucoup de choses à la place de beaucoup de monde. On s’en excuse. La vérité, c’est qu’ici, l’exercice de la chronique est un peu poussé dans ses derniers retranchements, car même si on écoute beaucoup ce disque, on peine à se faire un avis définitif sur celui-ci et sur son géniteur. On trouve que c’est à la fois génial et raté, dansant et statique, ambitieux et pantouflard. Beaucoup d’adjectifs antinomiques pour finalement avouer que Contre-Temps est un joyeux fatras fait de tout et de rien, où chacun s’amusera à aller y dénicher ce qui lui procure le plus de plaisir. Un objet unique en son genre qui réussit à nous toucher pour un milliard de raisons que l’on n'arrive même pas à pointer du doigt. Quand on vous dit que c’est un drôle de type.