Brill Bruisers

Brill Bruisers

The New Pornographers

18 / 20 2014 Matador Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de Poukram (Xsilence) 18 / 20

Posté le 26/08/2014
Brill Bruisers, le sixième album des New Pornographers, est à l'image de sa pochette et de l'idée que je me faisais de la musique du groupe, que j'ai découvert avec ce disque : coloré, généreux, rempli d'hymnes power-pop détonants et irrésistibles. Et "Brill Bruisers", le morceau d'ouverture, confirme bien tout cela dans une cascade formidable de guitares flamboyantes et de voix enchanteresses qui font "hou hou" à tue-tête. L'idylle ne pouvait pas mieux débuter, je fus conquis instantanément. "Champions of Red Wine", remplie de synthés agréablement distillés et de guitare acoustique, calme ensuite le jeu, permettant à l'envoûtante voix voilée de Neko Case de faire son entrée. Comment résister ? C'est impossible, et ce n'est pas "Fantasy Fools" et son refrain ravageur, où les voix de A.C. Newman et Case harmonisent somptueusement, qui me fera changer d'avis. "War on the East Coast", composition de Dan Bejar, n'est pas en reste en terme de refrain accrocheur et sa voix singulière apporte une nouvelle couleur à l'ensemble. "Backstairs" et "Marching Orders" laissent davantage une légère mélancolie s'installer, alors que la courte "Another Drug Deal of the Heart", dominée cette fois par la très belle voix de Kathryn Calder, nièce de Newman, émeut vivement. Car si la musique des New Pornographers est d'apparence joyeuse et exubérante, il y a toujours, dissimulé subtilement en son sein, un trouble, une profondeur qui lui confère toute sa force et son caractère.

Après cette apparente transition, Bejar, accompagné au micro d'Amber Webber (du groupe canadien Black Mountain), délivre un "Born with a Sound" à la rythmique tendue, alors que "Wide Eyes", autre belle réussite, dispose de magnifiques synthés et de guitares au diapason, Newman et Case alternant au chant. "Dancehall Domine" est une véritable tornade inarrêtable au refrain surpuissant, alors que "Spidyr" patiente juste ce qu'il faut pour exploser comme il se doit. "Hi-Rise" relâche quelque peu la pression avant le bouquet final, "You Tell Me Where". Newman et Case partagent une dernière fois le micro au début et laissent place à un tourbillon savoureux où se mêlent synthés virevoltants, batterie puissante, guitares héroïques et chœurs délicieux. Une excellente conclusion pour un album qui l'est tout autant.

Énergique, limpide au possible, d'une densité et d'une solidité stupéfiante, doté d'un son massif et ample, Brill Bruisers, qui fait suite au déjà stellaire Together (2010), remplit brillamment son objectif de délivrer une power-pop mélodique, incisive et réfléchie, tout en restant accessible et mémorable dès les premières écoutes. Les New Pornographers, après six albums, sont toujours aussi pertinents et cohérents (malgré le nombre de personnes impliquées dans le collectif), enthousiastes et passionnés. Leur magie est toujours bien présente et ne semble pas disposée à disparaître !

Chronique de Michael (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 29/09/2014

On va pas faire notre majorette, on a toujours eu un gros faible pour les New Pornographers. Déjà, un groupe qui aligne un des meilleurs mélodistes canadiens (A.C. Newman), la plus belle rousse de l’indie game (Neko Case) et le fils caché de Syd Barett et Ric Ocasek (Dan Béjar) a de quoi faire saliver un escargot au fin fond du désert de Gobi. Et puis de toute façon, quand tu as un groupe avec deux rouquins, tu peux être sûr que ça va voler très haut - le premier qui cite Simply Red en contre-exemple se prend trois coups de pelle dans les rotules. Ensuite oubliez aussi tous les clichés que vous avez sur ce que l’on dénomme communément les « supergroupes ». Ici on n’est pas au PSG, on n’additionne pas les individualités pour braquer les championnats. Non, ici on additionne les talents pour pondre des putains de bombinettes colorées et sucrées.

Sur Brill Bruisers, c’est encore une fois le même topo : des chansons à tiroirs avec des gimmicks et des arrangements toujours au service de l’euphorie et de la joie collective, des refrains et des chœurs en mode « full band singing » qui feraient passer les derniers albums d’Arcade Fire pour du chant grégorien, et une maîtrise de la mélodie gigogne qui en remontrerait à tous les apprentis Robert Pollard de la planète. Hélas, bien que la bande jouisse d’une réelle popularité en Amérique du Nord, elle fait partie de ces groupes qui rencontre (sans que l’on comprenne bien pourquoi) une indifférence éhontée depuis leurs débuts dans la vieille Europe, au contraire de certains de leurs compatriotes qui squattent allègrement les couvertures dès qu’ils posent une pêche.

On ne vous mentira pas non plus en vous disant comme ces requins du jeu promotionnel que ce nouvel album est le meilleur depuis l’avant-dernier qui était déjà le meilleur depuis l’antépénultième. Non, ce n’est pas le cas et pour être totalement honnête, c’est même le moins bon. Seulement si vous avez deux yeux qui fonctionnent bien (ce qui est vraisemblablement le cas si vous êtes arrivé à lire jusqu’ici), vous verrez dans le petit cercle au-dessus de ces quelques lignes que nous lui avons attribué une note de 7/10. Autrement dit, chez les New Pornographers, même le plus mauvais effort vaut une « mention bien ». Ce qui ici déçoit un peu, c’est une production un peu trop gonflée et compressée sur quelques titres, et sans doute un niveau général de composition un peu faible en comparaison des pièces précédentes - et notamment des excellents trois premiers albums.

Enfin bon, un groupe qui arrive à nous pondre une pépite comme ce « Champions of Red Wine » chantée par une Neko Case tout en retenue et simplicité, c’est quand même déjà du caviar. On retiendra aussi les tubes certifiés platine que sont « Brill Bruisers » ou « Dancehall Domine », et qu’on croirait portés par une chorale d’étudiants en médecine sous MDMA. On a droit comme d’habitude aux curiosités habituelles signées Béjar (« Spidyr » et surtout le single « War on the East Coast ») et a une belle ballade (« Hi-Rise ») portée à deux voix avant le final plein de promesses de « You Tell Me Where ». En résumé, un groupe qui nous enthousiasme même quand il déçoit. On ne peut pas en dire autant de toute la concurrence. 


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