Chronique de X_Lok (Xsilence)
Evidemment, tu as toujours dans un coin de la tête l'image qu'il avait il y a 15/16 ans, t'espère le retrouver comme avant mais avec le doux espoir que lui aussi a évolué. Qu'il a des choses à te dire, à te montrer, pas toujours les mêmes blagues judéo-limite qu'il avait l'habitude de faire après quelques verres. Tu te retrouves le cul entre deux chaises, souhaitant qu'il y ait toujours cette connexion, voulant retrouver ton pote et en même être content de voir qu'il a changé. Surtout si c'est en bien.
C'est vrai que ça pourrait vous paraître hors-sujet, mais ce Marauder me donne vraiment cette impression. J'ai rapidement survolé El Pintor, sans trop m'y attarder, un peu comme un coup de fil, pour prendre des nouvelles, être sûr que tout va bien, se jurant de se rappeler, ce qui n'arrive bien sûr jamais. Et puis le rendez vous est pris, on se sort enfin les doigts pour garder contact, c'est tellement facile de se contenter des bons souvenirs sans faire aucun effort de plus pour prendre des nouvelles.
Je vous rassure tout de suite, il va bien. Plutôt très bien même. Il a changé, il a modifié quelques habitudes mais il a toujours cette présence, ce quelque chose qui réchauffe, qui berce sans ennuyer, loin d'être en pilotage automatique il a toujours ce doux génie de la fulgurance bien sentie, cette petite punchline pile quand il faut. Même les yeux bandés je sais que c'est lui, après toutes ces années. Cela peut évidemment être un reproche, une déception, mais quand on connaît si bien une personne on ne peut qu'être agréablement par ce renouveau.
C'est qu'il n'avait pas l'air au mieux de se forme en 2014, on sentait bien que quelque chose n'allait pas sous ce vernis. Là, c'est rassurant. Du début à la fin, je l'ai écouté pendant presque 45min, et j'ai aimé ce que j'ai entendu. C'est couillon, mais j'ai même eu envie de lui faire répéter, pendant encore 45min, histoire de bien tout saisir, de tout garder en tête jusqu'à la prochaine fois, et de se dire doucement que c'est pas plus mal de ne pas voir certaines personnes trop souvent, on les apprécie d'autant plus.
Chronique de Maxime (Goûte Mes Disques)
Il est compliqué de se faire un avis tranché sur ce sixième album d'Interpol. Même après plusieurs écoutes, il est utile de faire un tableau listant les points forts et les points faibles de ce disque qui ne manque ni des uns ni des autres. Les points forts d'abord: une forme d'énergie, peut-être due à un enregistrement ponctué par la longue tournée d'anniversaire célébrant les 15 ans de Turn On The Bright Lights, l'indétrônable chef d'œuvre qui éclabousse encore de son éclat la discographie des new-yorkais et tout le son indie rock des années 2000. Ayant assisté à une date de cette tournée à l'été 2017, je peux vous assurer que la fougue et l'envie du groupe sur scène étaient palpables et ont certainement infusées sur Marauder.
L'autre atout est ce semblant de groove, très surprenant pour Interpol, qui transparaît au fil des écoutes. C'est le cas évidemment sur l'hyper pêchu single "The Rover", qui après une semaine d'écoute s'infiltre dans votre tête et ne vous lâche plus. La section rythmique est plus que jamais mise en avant, comme sur "Complications". Ces changements sont la marque de Dave Fridmann (à qui MGMT, The Flaming Lips ou Mercury Rev doivent beaucoup), premier producteur extérieur à la formation autorisé à toucher les chansons d'Interpol depuis leurs débuts. Résultat: le son n’est pas aussi froid et poli que sur les précédentes livraisons du groupe, et fait souffler un léger vent de fraîcheur sur l'ensemble.
Toute cette nouveauté conduit aussi au principal défaut du disque: les basses autrefois mises au premier plan des mélodies sont rétrogradées au profit des guitares qui prennent de l'ampleur. De plus certains titres ont tendance à s'étaler sur la longueur au risque de tomber dans la grandiloquence, les plus courts comme ce "Mountain Child" resserré n'en étant que plus percutants. Par ailleurs l'évolution dans l'atmosphère masque mal le fait que les mélodies et les structures sont usuelles, si l'on excepte quelques incartades comme les accents presque soul que prend Paul Banks sur la conclusion "It Probably Matters". Le reste du temps et dans les meilleurs moments ("The Rover" encore lui, "Flight Of Fancy"), on prendra son pied à l'écoute de morceaux efficaces et bien troussés.
Au final Marauder est loin d'être un mauvais album avec plusieurs morceaux bien ficelées, une direction artistique discutable mais assumée, et finalement un disque qui porte bien son nom: un album de maraude, qui sinue entre des pistes de facture traditionnelle pour les américains et des choses différentes, plus groovy, emballant le tout de manière agréable, s'extirpant du cœur de la nuit pour roder dans les lueurs faiblardes de l'aube. On reposera peut-être ses oreilles dessus, comme l'on revient sur Antics ou sur El Pintor de temps à autre, sans en faire un disque de chevet. Pour jouer ce rôle Turn On The Bright Lights est toujours là, inaccessible même à ses géniteurs.