Chronique de X_Wazoo (Xsilence)
Elle résonna si fort que, d'une part je déclarai aussitôt et sans la moindre prudence qu'on entendrait point de meilleure galette punk cette année, et d'autre part je dus investiguer. Car je le mentionnais un peu plus haut ; les Hot Snakes ne datent pas d'hier, ce sont des vieux de la vieille. Les deux guitaristes (et chanteur) viennent des géants post-hardcore Drive Like Jehu, avec lesquels ils ont sorti deux albums restés dans l'histoire (et ça n'est pas étranger aux dantesques et furieuses parties de guitares qui y figurent), et Hot Snakes sont eux-mêmes les auteurs de trois brûlots tous aussi excellents les uns que les autres. Après avoir passé une bonne semaine à écouter tout ce bordel, à rattraper le temps perdu et effacer consciencieusement mes lacunes, j'en suis arrivé à deux conclusions ; non seulement je pense préférer (à un poil de cul près) Hot Snakes à Drive Like Jehu, les premiers abandonnant en grande partie les longues plages apocalyptiques du post-hardcore des seconds pour condenser leur furie en des instantanés punk imparables, mais en plus ce Jericho Sirens est ma foi tout aussi fantastique que le reste ! Ecoutez seulement "Six Wave Hold-Down" et ses parties de grattes qui exsudent le cool par tous leurs pores... si ça c'est pas du classique instantané je ne sais pas ce qu'il vous faut. Et ça n'est que le premier single, le reste est du même acabit (petite baisse sur "Death Doula" vite pardonnée car ça repart aussi sec derrière).
Et le plus impressionnant, pour parfaire ce tableau trop idéal pour être honnête (et pourtant juré craché je dis la vérité) c'est que le présent album est un foutu come-back. 14 ans se sont écoulés entre Audit in Progress et celui-ci, et on dirait qu'il ne s'est pas écoulé une semaine. Dieu seul sait quel vortex spatio-temporel a pu les happer entre-temps, mais une chose est sûr : lecteur, si tu es punkovore, s'il fait bon vivre dans ton garage, alors ouvre tes portes pour que vienne s'engouffrer la vague salée que promet la pochette, avec en sus ce sosie de Woody Harrelson qui la chevauche avec panache. Et vous feriez mieux d'ouvrir les portes vous-même, car ces sirènes de Jericho semblent capable d'éventrer bien des forteresses.
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
Parler d’un comeback quand on évoque ce nouvel album de Hot Snakes est légèrement galvaudé. Car même si l’on parle du premier album du groupe de punk / post-hardcore depuis Audit in Progress en 2004, il est à nouveau actif sur le circuit du live depuis 2011, sans pour autant spécialement tirer sur cette corde. Par ailleurs, entre 2004 et 2011, ce n’est pas comme si ses différents membres s’étaient complu dans l’oisiveté la plus totale - John Reis s’est occupé de son label Swami Records tandis que Rick Froberg a sorti trois albums de garage bien gras sous la bannière Obits. Mais visiblement, l’envie de retourner en studio était trop forte: c’est donc accompagnés des fidèles Gar Wood à la basse et Jason Kourkounis à la batterie que les deux anciens de Drive Like Jehu remettent le couvert avec ce quatrième album qui met vraiment toutes les chances de son côté pendant la bonne demi-heure qu’on veut bien lui consacrer. D’abord, et c’est assez unique pour être souligné, il est impossible de penser que ces mecs ne se sont plus retrouvés dans un studio depuis si longtemps tant l’alchimie qui se dégage des 10 brûlots post-hardcore est perceptible. Délivrées avec une énergie qui renvoie à leurs chères études pas mal d’apprentis rockeurs qui pensent davantage à leur garde-robe qu’aux morceaux qu’ils doivent écrire, ces nouvelles compositions font le choix de la tension permanente: les mecs ne sont pas venus pour beurrer les tartines, et l'infectieux "I Need A Doctor" suivi de l'oppressant "Candid Cameras" placent le décor d'entrée de jeu. Puis l’autre élément qui joue en faveur d’un retour gagnant de Hot Snakes, c’est le conservatisme dont la scène qu’ils représentent fait globalement preuve. En effet, qu’on parle de songwriting ou de production, rien ou presque ne permet de jouer sérieusement au jeu des 7 erreurs entre Jericho Sirens ou Audit in Progress sorti il y a une quinzaine d’années. Si cela doit nous interroger sur la capacité de la scène noise / post-hardcore à renouveler son public à plus long terme, on boit néanmoins du petit lait à l’écoute des dix titres de cette nouvelle galette des Californiens: les mecs balancent la purée comme s’ils devaient mourir demain, leur sens mélodique n’a jamais semblé aussi affuté et certains des riffs entendus sur Jericho Sirens viennent concurrencer les meilleurs titres du dernier METZ - ou taper la honte au At The Drive-In de In•ter a•li•a). Mais pour rendre réellement justice à un disque qui ne prend pas de pincettes pour nous exploser la rate, on le résumera en cette formule assez simple: all killer, no filler.