Somersault

Somersault

Beach Fossils

16 / 20 2017 Bayonet Album / CD  Vinyle  K7 Audio  Numérique

Chronique de Lulum (Xsilence) 16 / 20

Posté le 02/06/2017
A la recherche d'informations sur ce petit groupe de Brooklyn fraichement dégoté sur KEXP (la sacro-sainte webradio de Seattle), je m'étonne de ne trouver ici bas aucun album chroniqué ... ce que je m'engage alors à rétablir !

Beach Fossils, c'est un projet qui se voulait solo, à l'initiative du guitariste/chanteur Dustin Payseur, et qui finira par devenir un groupe à part entière, au fil d'intenses changements de line-up (coucou Zachary Cole Smith, batteur sur le premier album et parti ensuite former DIIV). Après deux premiers opus (un self-titled en 2010 et "Clash the Truth" en 2013) relativement bien accueillis, et permettant à la formation de se forger un son "défini" entre Dream-Pop moderne et New-Wave nostalgique, le projet échappe aux radars aux alentours de 2014.

Et pour cause, le Dustin a besoin de temps. Nouveau chouchou du label indépendant "Captured Tracks" (Mac Demarco, Wild Nothing, ..), le mastermind qui, seul, compose, enregistre et crée ses propres artworks se décide à un ultime "DIY move" : fonder un label. Une poignée d'artistes signés et 3 ans plus tard, le nouvel effort Somersault est enfin accouché.

Introduit au groupe depuis peu, je commence par la fin en m'initiant à l'aide du dernier album en date, lequel semble en surprendre plus d'un d'après les réactions que je lis ici et là. De l'avis général, le groupe a changé, voir perdu quelque chose en route. Et pourtant...

Pourtant dès le début, le coup est plutôt bien senti. Passons "This Year", petite ritournelle acoustique apéritive, mais jetons nous sans ménagement sur ce "Tangerine" doux-amer, à la fois aérien et nerveux, à la fois pop et (post-)punk, bref, un savant cocktail sonore en forme de signature, sans ambition particulière, mais efficace. Dès l'intro de "Saint-Ivy", l'apport des cordes et de la flûte rappelle les expérimentations de Zero 7, groupe de trip-hop du début des années 2000 (dont la chanteuse Sia s'extirpera pour entamer une carrière solo) aux textures classieuses. Plus loin, la guitare s'envole et on se croirait perdu au milieu d'un Sgt. Peppers .. un peu facile vous me direz ?

C'est que cet album est d'une humilité touchante. Les références sont assez évidentes, et tout laisse à penser qu'après 4 ans de silence studio, le groupe a surtout décidé de se faire plaisir en jouant.
On entend du King Krule sur le spoken-word jazzy de "Rise", on frise le petit tube en puissance avec le single "Sugar", lequel pose les bases de cet album : une guitare sauvageonne croise le fer avec les nappes envoutantes de synthé, sous la houlette d'une section rythmique percutante, comme un coup de poing dans du coton. Le chant, complainte éthérée, parait presque annexe, mais le travail des chœurs laisse admiratif. La seconde partie de la tracklist suit cette petite logique ("Be Nothing" et son mantra nihiliste en étant l'exemple le plus remarquable) jusqu'au final "That's All for Now", délicatement conclu à la guitar slide.

Une bien belle découverte que cet album, hommage nostalgique à un son d'antan remis au gout du jour, mais quand c'est bien fait, j'en redemande !

Chronique de Quentin (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 22/06/2017

Beach Fossils à la base, c'était juste pour permettre à Dustin Payser d'agrandir son terrain de jeu musical. Trop restreint lorsqu'il jouait seul, le New Yorkais décide de recruter le guitariste John Pena, le bassiste Christopher Burke et le batteur Zachary Cole Smith pour créer ce qu'on appelle communément dans le jargon ultra précis du milieu musical, un groupe.

Ensemble, ils mettent en boite leurs premiers singles et un album éponyme, le tout sous la bénédiction de Captured Tracks. On est alors en 2010. 2010, c'est aussi l'année que choisit Burke pour se tailler du projet. Le groupe a alors juste le temps de sortir l'EP What a Pleasure l'année suivante avant que Pena ne se taille pour former Heavenly Beat (qui?). Etant donné le succès qui entoure le groupe lorsque tout porte à croire qu'il s'écroule de l'intérieur, Cole Smith prend les devants et se taille pour créer DIIV. Rentrent alors en scène Tommy Gardner et Tommy Davidson, les sauveurs qui permettront à Beach Fossils de perdurer et surtout de sortir le très bon Clash The Truth en 2013. Un mouvement audacieux qui permettra aux New-Yorkais de se retrouver associés à la vague dream pop qui inonde jusqu'à la saturation le secteur musical à ce moment-là, tout en restant au-dessus du lot - en comparaison avec Wild Nothing  ou Real Estate par exemple. Mais alors que les deux groupes susnommés peinent à retrouver un second souffle sur leurs dernières sorties, Beach Fossils livre le très beau et très léger Somersault. Et comme toute sortie de Beach Fossils, elle est accompagnée du départ d'un de ses membres, et cette fois c'est Tommy Gardner qui s'y colle (au profit de Jack Doyle Smith). 

Somersault arrive donc 4 ans après Clash The Truth, soit une éternité dans le monde musical. Et à défaut d'avoir eu raison d'attendre (on ne nous a pas vraiment laissé le choix...), on se dit que le résultat aurait pu être dramatique comparé à ce que l'on a écouté. Première info, l'indie pop de Beach Fossils est évidemment toujours là, intacte. A la seule différence que l'angle d'approche à changé. Le côté amer, tendu, "post quelque chose" de l'album précédent s'est évaporé au profit d'une ambiance plus lumineuse qui tend même parfois vers des sonorités sixties - on pense à l'intervention géniale de ce saxo jazzy sur plusieurs titres.

Là où Beach Fossils se démarque d'une scène musicale centrée sur elle-même et au sein de laquelle la fripe semble avoir pris le pas sur l'originalité, c'est que les gars de Brooklyn n'ont jamais perdu de vue l'importance de vraies compositions. Pendant que nombre de leur contemporains se contentent d'une boîte à rythme binaire, une ligne de basse répétitive et un riff' de guitare épuisant avant même que le morceau soit fini, Beach Fossils emmène son projet et son public un pas plus loin.

La place grandissante de l'expérimentation trouve son origine d'une part dans la place que Payseur laisse à son groupe dans la composition de l'album et d'autre part dans les invités qu'il choisit pour contribuer à leur création. Rachel Goswell (Slowdive) apparaît sur le titre "Tangerine", donnant une nouvelle dimension aux sonorités du groupe alors que le rappeur de Memphis Cities Aviv transforme Beach Fossils en backing band sur "Rise". Le pari est audacieux, d'autant qu'il est quasi inattendu de leur part mais surtout, le pari est réussi et rend Somersault encore plus éclectique. Preuve que parfois, partager sa vision peut s'avérer payant.

Ce qui reste le plus surprenant, c'est que Somersault garde cette apparence tranquille et facile propre à Beach Fossils. Sans jamais s'embarquer dans des arrangements qui, soyons honnêtes, ruinent la plupart des compositions pop indie actuelles, Beach Fossils pousse son art au-delà de ses limites. A l'instar de Mac DeMarco ou DIIV avant eux, Beach Fossils a émergé de la brume de Captured Tracks pour forger sa propre identité. Longue vie à eux !


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