Post Self

Post Self

Godflesh

16 / 20 2017 Avalanche Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de Arno Vice (Xsilence) 16 / 20

Posté le 17/11/2017
A World Lit Only By Fire est encore certainement dans toutes les mémoires. À juste titre, ce disque est une fessée de Métal Industriel sans commune mesure. Du coup, on était en droit de se demander ce que le duo G.C. Green (basse) et JK Broadrick (guitare, chant, programmation) allait nous proposer : un accroissement de la dimension métallique ou un subtil revirement pour éviter l'enlisement.
Avec Post Self, Godflesh réussit le tour de force de se renouveler tout en conservant son identité. Déjà, comparé à son prédécesseur, le son est plus sale, grésillant, plus Indus, cela étant redevable à un travail sur les machines qui ne cherche plus à singer une batterie électronique mais qui joue à plein la carte du beat Electro dans ce qu'il peut avoir de plus oppressant. Il y a également dans les rythmiques une dimension martialo-tribale qui dégage un groove énorme alors que les guitares et le chant m'apparaissent comme de plus en plus minimalistes. Riffs binaires, dissonances Cold Wave, vocaux rustres à la limite du Death Métal, mixés très en retrait, le tout dégage une putain de froideur que les teintes bleutées de l'album illustrent idéalement.
Bien entendu, ce qui fait toujours la force de Godflesh, c'est aussi la puissance radicale de sa basse. Épaisse, tendue, qui fout une tension de chaque instant dans chacune des notes qu'elle joue mais également dans ses silences. C'est clairement le cœur et l'âme de ces dix nouvelles compositions, moins immédiatement efficaces que sur le précédent album mais qui gagnent en atmosphère si je puis dire.
Avec les Anglais, difficile de parler de bons ou de mauvais disques. Post Self est une étape de plus vers la transcription sonore d'une forme d'aliénation particulièrement délirante, on descend, de plus en plus profond, dans les bas-fonds d'une inspiration mutante qui a rongé les structures jusqu'à l'os pour ne garder que le vital. Évidemment, c'est incontournable.

Chronique de Michael (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 04/12/2017

Dans la catégorie des reformations qui n’ont pas fait trop bruit mais dont on devrait davantage parler, on peut sans conteste citer Godflesh. Si l’on réfléchit deux minutes à l'influence du groupe sur l'ancienne comme la nouvelle génération (on couvre un spectre de disciples qui va de Ministry, NIN ou Faith No More à Dälek, Vatican Shadow ou Pharmakon), on peut utiliser sans exagération l’adjectif « séminal » si souvent galvaudé. Aller puiser dans le hip hop, le métal, le hardcore, l’indus et les musiques électroniques dans l’Angleterre de fin de règne thatchérien n’était pas vraiment monnaie courant, et l'attitude ne manquait pas de couilles. Avec le recul on peut même parler de musique visionnaire tant l'hybridation des années qui suivront donneront raison au groupe de Birmingham.

Tout ça pour dire que Godflesh a plus que jamais sa place au sein de la scène noise actuelle. Après, c’est ce que l’on pensait déjà il y a trois ans à l’écoute de l'EP Decline & Fall et de l’album A World Lit Only by Fire qui avait suivi. Peu de choses avaient changé et on avait l’impression d’avoir quitté le groupe il y a peu, sans que pour autant sa musique actuelle sonne datée. Trois ans plus tard c’est toujours notre avis à l’écoute d'un Post Self qui garde le même cap, décline les habituels attributs et reste fidèle à ce mélange de minimalisme des formes et de radicalité sonore. Peu de changements donc mais plutôt une subtile évolution qui tient essentiellement à des petits détails. 

Ces changements, on les ressent peut-être d’abord sur ce qui définit la signature sonore d Godflesh, c’est-à-dire ses rythmiques. Une part du génie de Godflesh tient à cette idée toute conne mais incroyablement efficace: découper et recoller des patterns implacables, directement hérités du hip hop de de Def Jam (Run-D.M.C. et Public Enemy en tête). Des sonorités choisies pour leur dimension implacable, presque nihiliste - un truc à la fois hyper martial et pourtant très rampant. Cette approche est toujours privilégiée sur ce huitième album studio mais on sent bien que Broadrick a laissé la vieille Alesis au fond du placard et a sensiblement diversifié la palette de sons, qui tirent désormais vers quelque chose de plus froid, de plus scintillant aussi. Là où autrefois on pouvait souvent penser à de la lave en fusion, on a désormais l’image de blocs de glace en mouvement. Ça vrille tout autant la gueule mais d’une manière moins directe, de la même façon que la pleine morsure du froid se manifeste à contretemps.

L’autre aspect sur lequel on sent aussi une petite évolution, c’est l’humeur générale de l’album, qui plonge moins l’auditeur la tête sous l’eau que par le passé. Les albums de Godflesh ont toujours été construits sur des suites de mantras étirés à l’infini, formant une espèce de mur sonore dont la densité n’avait d’égal que la violence, et qui sur long format ne laissait que peu ou pas de respirations. Post Self propose un ensemble de titres presque aussi violents mais dans lesquels pointent des changements d’ambiances, des tonalités parfois inédites (on pense par exemple à « The Cyclic End » et à son début brumeux et presque élégiaque). Il est difficile de parler de respirations ou de relâchement vu que la tension est toujours présente de bout en bout, mais elle se manifeste de manière moins unilatérale ou frontale.

Une évolution dans la continuité donc, ce qui n’est pas pour nous déplaire tant Justin Broadrick décline ses penchants plus mélodiques ou électroniques sous ses autres alias. Godflesh reste donc avec Post Self une valeur sûre, qui ne se pastiche pas et défend crânement la radicalité immuable de ses partis pris sonores. On ne peut malheureusement pas en dire autant de tout le monde.


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