Livity

Livity

Zombie Zombie

16 / 20 2017 Versatile Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 19/10/2017

Face à un quotidien qui nous brise le moral et nous broie les neurones, chacun décompresse à sa manière, essaie comme il peut de prendre ses distances avec le réel pour s'amuser dans des dimensions parallèles. Mais comme le gin c'est so 2016, et que fumer du crack c'est quand même pas très Charlie, on vous conseille vivement Zombie Zombie, intouchable groupe fondé par le métronome moustachu Cosmic Néman (croisé dans Herman Dune) et le gourou du weird Etienne Jaumet (croisé sur scène avec les Red Hot Chili Peppers), qui s'est depuis adjoint les services d’un autre fendu du bulbe, le Docteur Lori Schönberg précédemment croisé au sein de The Berg Sans Nipple. 

A eux trois donc, les Français se chargent de défoncer les portes de la perception à force d’albums qui convoquent à peu près tout et n’importe quoi: les rythmiques motorik de Can, le prog-rock un peu cheesy, la cosmic disco façon Lindstrøm, l’italo qui sent bon les 80’s, la grandiloquence synthétique d’un Jean-Michel Jarre, l’esprit facétieux d’un Sun Ra Arkestra ou encore les B.O. de John Carpenter (à qui ils ont déjà rendu un fort bel hommage). Sacrée bestiole que Zombie Zombie donc, dont l’imprévisibilité de la trajectoire et l’amour du contre-pied garantissent une expérience passionnante qui nous place complètement en dehors d’un espace-temps connu.

Et l’excellente nouvelle, c’est que ce nouvel album ne fait pas exception à la règle : si l’ADN du groupe commence à être assez facilement identifiable, il est pour la première fois mis au service de compositions qui comptent parmi les plus dansantes et immédiates jamais pondues par le groupe, à l’image d’une plage-titre qui réveille les morts (uh uh), d’un « Acera » digne des meilleurs titres du premier SUUNS ou d’un « Looose » au groove indomptable et sur lequel on apprécie autant le travail de production de ce franc-tireur d’I:Cube que le petit solo d’Etienne Jaumet au saxophone. 

C'est bien simple: même le plus pourri des CDI, le plus imbitable des manuels scolaires ou les plus brise-couilles des supérieurs hiérarchiques ne résistent pas à la déferlante Zombie Zombie, qui offre avec Livity 6 visas pour d'autres mondes, au moins aussi pétés et bizarroïdes que ceux explorés par Rick & Morty sur [adult.swim]. Ce qui vous donne une idée un peu plus claire du joyeux bordel que représente ce disque.


Chronique de X_Lok (Xsilence) 16 / 20

Posté le 20/10/2017
Dur de suivre les pérégrinations musicales de Zombie Zombie n'est ce pas ! Il faut dire que ces trois gars n'arrêtent pas, et multiplient les projets. Entre les B.O. (Irréprochable & Loubia Hamra), la bande son d'un spectacle de cirque (Slow Futur), en jouant les fines bouches on pourrait dire que ce Livity est le troisième véritable album du groupe. Illustré par Monsieur Philippe Druillet (cofondateur de Métal Hurlant dont les dessins illustraient déjà la sublime compilation Cosmic Machine), une belle porte d'entrée pour ce disque d'Etienne Jaumet, Cosmic Neman & Doctor Schonberg !

On est évidemment en terrain connu avec ce trio, des percussions partout, des synthés, des boites à rythmes & des effets à ne plus savoir qu'en faire. une légère mélodie s'infiltre en nous, se dilate et le grand cirque synthétique se met en place, sur de longues plages prenant tout le temps possible pour s'étirer, varier doucement les motifs, les rythmiques. Il semble loin le temps où Carpenter était au centre de l'attention, même si évidemment toutes ses sonorités analogiques nous rappelle son bon souvenir. Ces mecs savent y faire pour nous immerger en quelques secondes dans leur monde. La transition pourrait paraître brutale entre "Livity" & "Ils Existent", mais ça passe tout seul, Toujours autant cinématographique, la SciFi est omniprésente dans ce disque, bardé d'images mentales qui viennent sans cesse, bien aidé avec les sons bombardés par Etienne Jaumet. Ils n'ont peur de rien, des claps, des ryhtmiques presque italo disco par moment, manque plus que quelques Congas pour que le menu soit complet. On pourrait frôler l'overdose vu la superposition continuelle de son, de rythmes, mais ça deviendrait presque une sorte d'afrobeat électronique, plus y'en a plus c'est bon. Avec eux, la montée perpétuelle durant huit minutes n'est même plus maitrisée, ça devient presque un art ("Hippocampe" qui termine la première face).Prends-en de la graine James Murphy.

On l'attendait, voilà enfin l'élément qui manquait ! Non, pas les congas, je parle bien sûr du Saxo ! Valeur ajoutée on ne peut plus indispensable au génial "Looose", mélange de disco, de free jazz & expérimentation sonore, ce titre mettra tout le monde d'accord.
Ne jamais savoir si c'est de la pure impro ou des titres ultra travaillés, c'est aussi ça la force de Zombie Zombie. ils pourraient nous faire des heures de jams, partir d'un simple son ou rythme proposé par Cosmic Neuman, oou retravailler tout à l'extrême pour que ça s'emboite aussi bien, peut être un peu des deux. La question se pose d'autant plus pour qui les a vus en concert, avec parfois plusieurs minutes avant de pouvoir se reposer sur un thème connu. Le survitaminé "Acera" en est l'exemple flagrant, une longue variation sans queue ni tête vraiment visibles, mais cet espèce de kraut nous prend sans nous lâcher tout au long du titre. Un album qui s'écouterait presque les yeux fermés, les images varient, vont & viennent mais sont omniprésentes, ouvert aux interprétations & à l'imagination de chacun, de multiples visions peuvent venir de "Heavy Meditation", la longue conclusion, l'atterrissage de ce trip sensoriel.

Conclusion ? pas si sûr, le Dr Shonberg et ses compères en ont encore sous le coude, un titre bonus, "Lune Noire", vient nous finir en beauté. Ils ont eu une bonne idée de ne pas inclure ce titre au disque. Plus court, plus dark, il représente presque une face b de l'album à lui tout seul. Véritable oeuvre expérimentale, qui n'aurait pas renié les activistes du GRM. Surprenant, mais ô combien enthousiasmant pour les oreilles aguerries.

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