Broken Bells

Broken Bells

Broken Bells

17 / 20 2010 Aural Apothecary, Columbia Album / CD  Vinyle

Chronique de Poukram (Xsilence) 17 / 20

Posté le 09/03/2010
Ce disque, issu de la collaboration entre James Mercer, le maître de The Shins, et Danger Mouse (Brian Burton pour les intimes - leur rencontre remontant à 2004 au Roskilde Festival, leur coopération n'ayant véritablement débuté qu'en 2008 - ), est tout simplement un des albums les plus cools que je connaisse. En effet, à chaque fois que j'écoute ce Broken Bells (qui est aussi le nom du duo), il me détend, me décontracte, m'apaise même. Et me donne l'envie, une fois fini, de le repasser aussitôt. Comment expliquer cet ébahissement toujours renouvelé ? Cette intacte sensation de plaisir qui se répète inlassablement au fil des écoutes ?

L'affaire n'était pourtant qu'à moitié bien partie, étant donné que je vénérais (et vénère toujours !) Mercer d'un côté et que, de l'autre, au moment de ma découverte du disque, Danger Mouse ne me disait trop rien, pire, inconsciemment, je ne sais plus trop pourquoi aujourd'hui, j'avais à son endroit quelque a priori plutôt négatif, allez savoir pour quelle raison (sans doute les artistes qui lui étaient rattachés au travers de son travail de producteur et, de manière plus sûre je crois, le fait qu'il œuvrait dans une musique avec des synthés dedans, repoussoir absolu du fan de rock indé, mais barrière sonore et invisible que j'avais déjà abattue, le présent disque ayant participé à vaincre certaines de mes ultimes réticences). Je décidais quand même de donner sa chance au disque, ma passion pour l'un des membres du duo étant, vous l'aurez compris, largement supérieure à ce que mon esprit m'avait enjoint à supposer sur l'autre. Et le miracle eut lieu. Le talent de mélodiste hors pair de Mercer, sa voix taquinant les aigus, trouvèrent dans la production minutieuse et large de Burton un superbe écrin. Et, pour mon plus grand bonheur, ce n'est pas tant la production de Burton que j'entends quand j'écoute ce disque, mais bien les mélodies fulgurantes de Mercer, cette musique au feeling incroyablement pop qui se dégage de l'ensemble des titres.

Et ces morceaux évidents, accrocheurs, immédiatement mémorisables, Broken Bells en est gorgé. De l'ouverture "The High Road", qui pose idéalement le propos, en passant par "Vaporize", "The Ghost Inside" ou encore la fabuleuse "October", c'est à une véritable démonstration de songwriting d'une pop légère et habile à laquelle nous assistons. La paire sait aussi calmer le jeu lors de moments plus planants, avec par exemple "Your Head Is On Fire", "Sailing To Nowhere", la superbe et délicate "Trap Doors" ou encore avec "Citizen". Ces derniers morceaux bénéficient de l'apport d'un ensemble d'instruments à cordes, qui leur confèrent parfois un rendu un rien vaporeux très appréciable. Le disque se referme sur deux coups de maître(s), "Mongrel Heart" et surtout "The Mall & Misery", qui auraient pu se fondre en un seul morceau, tant la transition, la manière dont ils se suivent l'un l'autre est parfaitement exécutée. À l'écoute de ce diptyque, on comprend vraiment tout l'intérêt de l'association entre les deux musiciens, celle-ci s'en trouvant dès lors pleinement justifiée, si le besoin, à ce moment du disque, s'en faisait encore sentir. Le premier titre et ses parties orchestrées, avec notamment une trompette qui exulte lors de montées superbement construites (légèrement "westernisantes" également), et le second et ses brefs riffs de guitare, sa rythmique imperturbable et, pour finir, son lent decrescendo, sont l'exemple même que cette alliance musicale était une bonne idée et pouvait aboutir à de magnifiques chansons. Et c'est ce que l'on était en droit d'attendre de ces deux musiciens talentueux.

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 25/03/2010

De James Mercer, on connaît sa capacité plutôt phénoménale à accoucher d'une indie pop à la classe folle au sein des indispensables Shins. De Brian Burton alias Danger Mouse, on connaît beaucoup de choses: il y a le background hip hop et ses collaborations avec le label Lex ou MF Doom, le désormais classique Grey Album ou Jay Z rencontrait les Beatles pour une étrange ballade ou la lucrative parenthèse Gnarls Barkley.

Mais ce que l'on apprécie par dessus tout chez Danger Mouse, c'est sa facilité à produire d'excellents disques de rock, notamment pour Sparklehorse, Beck ou The Black Keys. Et si, il y a encore quelques années, l'idée de voir Danger Mouse collaborer avec des barbus férus de guitare semblait assez inhabituelle tant le producteur américain semblait évoluer dans une galaxie davantage préoccupée par le beat, des disques comme Dark Night of the Soul ou Attack & Release nous ont démontré combien la vision du new-yorkais semblait faite pour s'exprimer avec toute la précision requise dans un carcan rock. Ainsi, en cette année 2010, on ne peut que se réjouir de le voir s'associer avec un artiste qui, a priori, partage peu ou pas de points communs avec lui, si ce n'est l'amour des choses bien faites et bien écrites.

A une époque où l'art de la collaboration a plus que jamais le vent en poupe et où la proportion de déchets ne fait que croître, il faut savoir séparer le bon grain de l'ivraie. Forcément, avec des zigotos aussi talentueux que James Mercer et Brian Burton, l'a priori est forcément positif, au même titre que le jugement final d'ailleurs. Car oui, sous ses apparences tranquilles et malgré l'absence de titres forts (des singles quoi!) en mesure de porter le disque sur les devants de la scène (les radios quoi!), ce premier du duo Broken Bells impressionne par son homogénéité et sa fluidité. En effet, avec des personnalités aussi fortes que James Mercer et Danger Mouse, le danger pour la montagne d'accoucher d'une souris était énorme. Mais le temps a plus que probablement joué en l'avantage de notre talentueux binôme: en effet, ce projet n'a rien d'une lubie d'artistes en proie à l'ennui. La genèse du projet remonte à 2004, lors d'une rencontre entre les deux hommes au festival danois de Roskilde. Ils ont depuis lors pris le temps de délimiter les contours de leurs univers avant d'enregistrer dans la plus grande discrétion les 10 titres qui composent ce premier album.

Ainsi, en mettant un peu d'eau dans leurs vins respectifs, Mercer et Mouse parviennent à façonner un pop éminemment soyeuse qu'il est bien difficile de comparer avec quelques têtes de gondoles d'aujourd'hui ou d'hier. En effet, qu'il s'agisse des Shins ou de Danger Mouse, nous sommes confrontés dans les deux cas à des artistes à qui l'on compare et que l'on ne compare plus à d'autres. Mais disons que si vous aimez le son ample et les basses bien en chair de Danger Mouse, à la croisée des chemins entre tradition et modernité, et que la douce voix et l'écriture tout en évidence pop de James Mercer fait des merveilles sur vos esgourdes, il y a peu de chances pour que vous ne tombiez pas en quelques écoutes à peine sous le charme de ce disque façonné avec amour, exécuté avec précision et savoir-faire et accueilli avec les félicitations qui s'imposent.


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