Antisocialites

Antisocialites

Alvvays

17 / 20 2017 Polyvinyl Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de X_Wazoo (Xsilence) 17 / 20

Posté le 08/09/2017
Qui se souvient d'un temps où la jangle pop était originale ? Certainement pas moi, j'étais pas né. Il faudrait sans doute remonter à ses origines au début des 80's, et encore je suis sûr que dès la fin de la décennie ça commençait déjà à casser les couilles. Et 2017, le revival eighties n'a toujours pas cessé de pondre des dizaines et des centaines de formations éphémères qui se suivent et se ressemblent trop, et voir arriver un groupe affublé de certaines étiquettes suffit souvent à me faire pousser un long et douloureux soupir. Alors forcément quand un groupe comme Alvvays débarque avec écrit sur son front en lettres capitales JANGLE (ouch), TWEE (aïe), SHOEGAZE (argh!), DREAM-POP (grmf) ou autres INDIE-POP (ciel!), je me pose immanquablement la question de ce que ces gusses peuvent bien encore avoir à dire, aujourd'hui, dans ces sentiers déjà mille fois rebattus - pour rester poli. Et ma foi, dans le cas de Antisocialites, la réponse à cette question m'aura occasionné un sérieux cas de Remise en Question bien carabiné.

Alvvays, avec ses pédales d'effets étudiées, sa production savamment éthérée, les écho chatoyants de ses claviers et son chant batifolant joyeusement le long de la frontière fine entre taquin et langoureux, est-il original ? Antisocialites, avec ses clins d'œil, ses hommages et gimmicks à tout va, est-il pertinent ? Non et non, mon capitaine. Et pourtant, je l'adore. Pourtant, je fais exprès d'écrire le plus lentement possible les lettres composant les mots de cette chronque sur ma feuille de brouillon pour avoir le plaisir de pouvoir écouter l'album en boucle à mesure que je formule mes idées. Sans doute posé-je les mauvaises questions.

Alvvays est-il frais ? Me fait-il sourire dans le métro, siffloter sous la pluie, danser sous la douche ? Oui, mille fois oui. Alvvays fait même plus que me prouver que l'originalité ne fait pas tout (ça j'en suis convaincu depuis bien longtemps), ils me rappellent surtout les raisons pour laquelle j'apprécie ces genres à la base. C'est ça qui devrait être le but de chacun de ces groupes qui émergent d'on ne sait trop où : réussir à chatouiller le fondement de mes amours pour cette pop, comme si eux-mêmes venaient de l'inventer. Sur "Hey", Alvvays donne une leçon de Stereolab à coup de pop kraut et psychédélique, "Dreams Tonite" est le meilleur morceau de Beach House depuis 2012, "Not My Babe" entretient plus sûrement la flamme de Slowdive que le dernier Slowdive, "Your Type" répond enfin à la question "à quoi ressemblerait un morceau mémorable de Ringo Deathstarr ?", et quand la chanteuse Molly Rankin s'envole dans les aigus sur le refrain "Saved By A Waif" je suis envahi de pensées impies. Pour sûr Alvvays ne suit pas un ethos "kill your idols" ; plus vicieux, ils essayent très fort - et avec un panache fou - de les remplacer dans mon cœur.

À quoi ça tient, tout ça ? Sans doute pas à grand chose. À quelques grilles d'accord aux virages virtuoses, à des textes fins dans un genre gangrené par les appels à la glande. À une inflexion de voix par-ci, une distorsion de guitare par-là, à une seule note divinement bien placée à la fin de "In Undertow". À un écrémage exigeant, qui voit le groupe garder uniquement le meilleur, pour seulement 32 minutes de tueries pop. Et suivant leur exemple, je m'arrêterai là, il ne s'agirait pas de vous écœurer à l'avance d'une si légère et délicieuse expérience !

NOSTALGIE ÜBER ALLES

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 12 / 20

Posté le 05/10/2017

Quand je lis un de nos rédacteurs dire au sujet de Grizzly Bear que les Américains s’emploient à « redessiner les contours de la pop en 2017, à une heure où tout semble avoir déjà été maintes et maintes fois ressassé », forcément ça me parle. Et quand j’entends un autre s’extasier devant la capacité de John Dwyer de Thee Oh Sees à pondre des disques colossaux malgré une productivité qui devrait inviter à la méfiance, ça me touche autant que ça suscite chez moi une jalousie certaine. 

Car la plupart du temps, j’écoute de la musique pour qu’elle déclenche en moi des émotions fortes, qu’elle m’ébranle au plus profond de mon petit être. Le problème avec ce disque d’Alvvays, c’est qu’il est à l’exact opposé de tout cela. Au moment où je rédige ce papier, ce deuxième album des Canadiens a dû pénétrer mes conduits auditifs une bonne vingtaine de fois sans jamais provoquer le genre de chatouillis qui accompagnent la première comme la centième écoute de ces disques que je chéris.

Entendons-nous bien, Antisocialites est loin d’être un mauvais disque. C’est même tout le contraire: la blonde Molly Rankin et sa bande savent écrire de putain bonnes chansons, ont un sens aigu de la mélodie qui vous rentre instantanément dans le crâne, et ont parfaitement intégré les codes des genres qui infusent manifestement leur processus créatif. En effet, s’en allant autant puiser dans la dream pop que dans le shoegaze, Alvvays travaille une matière bien dans l’air d’une époque qui pue tellement la merde et l’inconnu qu’elle aime se réfugier dans une musique réconfortante, terriblement balisée et susceptible de ne pas froisser trop de sensibilités. Si la qualité d’un disque devait se juger à l’aune de ces seuls critères, Alvvays nous aurait incontestablement sorti l’un des albums de 2017, porté tout en haut des charts par des singles aussi imparables que « Not My Baby », « Dreams Tonite » ou « Plimsoll Punks » .

Mais voilà, à force de nous pondre des disques qui émeuvent davantage par leur capacité à saisir leur époque qu’à la définir, Alvvays devient une hype interchangeable et marketée pour cette génération Pitchfork dont on fait un peu tous partie. Antisocialites rejoint alors cette longue liste de disques honnêtement inattaquables sur leurs qualités intrinsèques, mais destinés à être assez vite oubliés. C’est dommage, mais néanmoins très utile pour ces moments où écouter de la musique ne doit pas être une activité mobilisant trop de neurones. Et vu les cadences infernales que nous impose aujourd’hui la société, ils ne manqueront pas. 


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