Chronique de Pascha (Xsilence)
Thee Oh Sees fait partie des artistes et groupes proliférateurs d'albums sortis en des délais peu espacés, avec Ty Segall ou encore King Gizzard & the Lizard Wizard actuellement. J'avoue, le premier ne m'attire guère d'intérêt instinctivement. Quant au second, j'ai bien peur que ça risque de me gaver en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire à l'avenir. Mais revenons au groupe 'métamorphe' de John Dwyer. C'est en regardant un excellent concert parisien enregistré de 2015, sur le net, que je me suis rendu compte que j'étais passé à côté de quelque chose. Je me méfiais aussi de ce qui promulguait du psychédélisme à tire-larigot par voix de presse ou venant de divers dithyrambes de fans transis. Mais là, le rock de Thee Oh Sees met la patate, avec l'aide désormais de l'image d'un John Dwyer transpirant essorer par secousses sa frange de cheveux au dessus de sa guitare transparente dans une ambiance de fête. "I Come From The Mountain" est une énergique plage entre punk et surf ouvrant judicieusement l'album, avant que le lent "Toe Cutter / Thumb Buster" vienne écraser l'auditeur et l'emporter dans une coulée volcanique à chaque fin d'un couplet. L'accélération reprend d'emblée dès le morceau suivant, "The Floating Coffin", tandis que "No Spell" s'engage à une destination plus planante mais toute aussi énergique. Et ainsi de suite, comme ça, le disque ne laisse pas souffler. Il hypnotise avec le menaçant "Night Crawler" ou provoque un tourbillon psychédélique qui aspire sur "Time Tunnel" en faisant entonner comme un gosse, un bras levé au ciel, les "Ha ha hahahahaaaa" en même temps que Dwyer. Le disque se finit sur le cool et mélodieux "Minotaur" accompagné par un violoncelle, histoire de décélérer l'ambiance en douceur.
Au final, il n'est jamais trop tard pour se rattraper. Et Floating Coffin est un album tellement bon qu'il en est trop court. Alors on y retourne joyeusement sans aucune modération.
Chronique de Pauline (Goûte Mes Disques)
La discographie de Thee Oh Sees, si on compte en plus les démultiplications de son leader John Dwyer (Oh Sees, OCS...) devient de plus en plus difficile à suivre. Chaque saison apporte son lot de disques du groupe californien. On se réchauffe dans ses guitares fuzz l’hiver et on danse l’été sur les rythmes effrénés. Et en étant toujours présents, toujours meneurs du renouveau du garage, les Thee Oh Sees semble vouloir inverser la flèche du temps en remplissant autant que possible une carrière fulgurante et en s’acharnant à n’être que dans le présent. À chaque album, le groupe ferme un chapitre, tourne la page et semble déjà avoir un nouveau disque dans les cartons. Pas le temps de revenir en arrière, la musique n’attend pas. Dans cette course de fond qu’a entamé le groupe sur son propre label Castle Face, Floating Coffin marque une nouvelle étape. Et encore une fois, elle est validée haut la main.
Plus les disques se rapprochent, plus la carrière des Oh Sees dessine ses formes, dévoile ses intentions. On ne doute pas que d’un album à l’autre, la bande de Dwyer n’a aucune idée de ce qui va advenir le lendemain, et c’est aussi ces expérimentations d’un disque à l’autre qui font toute la saveur de sa discographie. D’un disque très rock comme Carrion Crawler / The Dream aux envolées pop de Castlemania, chaque tentative résulte d’un nouveau virage serré. Par tâtonnements successifs ils réussissent à fonder une discographie complexe, un panorama du possible, un cheminement de plus en plus clair dans une histoire rock moderne fourmillante et bordélique.
Avec le temps, et presque imperceptiblement, les Thee Oh Sees abandonnent une immédiateté brûlante de la jeunesse pour voguer vers un psychédélisme au long court. On surfe doucement sur une lente vague, notamment sur le plus beau morceau du disque "No Spell", et son gimmick entêtant. Les voix se mêlent, la guitare martèle toujours avec la même urgence, et que les inquiets se rassurent : malgré son penchant pour l’abstraction et le psychédélisme, on headbang toujours sévèrement chez les Oh Sees sur "The Floating Coffin", "Strawberries" ou "Night Crawler". Et les facultés de Dwyer d’écrire des morceaux pop parfaits ne sont pas non plus en reste. "I Come From The Mountain" et "Minotaur" en sont les plus flagrantes preuves.
Jamais fatigués, jamais essoufflés, toujours prêts à accueillir le jour suivant, les membres de Thee Oh Sees n’ont plus peur de rien. On en a pour preuve cet album, l’un de leurs plus beaux, à la fois tendre et féroce, preuve d’un équilibre nouveau et d’une vitalité sans faille. Jusqu’au prochain.