Chronique de Pascha (Xsilence)
Cinquième skeud en vingt ans pour Shellac. L'album commence par un plat de résistance avec "Dude Incredible". Les couverts sont mis pour qu'on s'en prenne dans le lard. S'enchaîne "Compliant" qui rappelle pas mal "Pull The Cup" qui est également en deuxième position mais dans l'aîné At Action Park. Et puis, et puis ... V'là un bon cru qui claque ! C'est toujours la même recette à peut être quelques détails (presque) indicibles près que le groupe de Chicago exerce, mais on ne peut pas dire que ça lasse étant donné que les parutions des trois derniers albums sont espacées de sept années entre elles, alimentant un manque certain, quoique le précédent Excellent Italian Greyhound n'a pas totalement satisfait d'un point de vue personnel. Bob Weston, de sa basse, leste toujours autant à la rythmique, Steve Albini chante/éructe en tricotant des mailles d'acier avec ses riffs corrosifs et cinglants quand Tod Trainer tape toujours ses peaux sèches avec précision entre retenue, mitraillage et roulé-boulé. Morceau en structure élastique mais solide ( très bon "The People's Microphone"), lenteur haltérophile ("Gary") ou qui peut ankyloser et faire suer ("Riding Bikes"), du rentre-dedans qui ne fait pas de mal ("Surveyor"), contraction et relâchement ("All The Surveyors") : Le costaud Dude Incredible a tout ce qu'il faut pour faire travailler ou inciser fermement le cerveau de l'auditeur comme de la pâte ... Ou faire un rude massage pour raffermir la philosophie de la godiche décrite de tout en haut.
Prochain rendez-vous en 2021 ?
Chronique de Michael (Goûte Mes Disques)
Ça ne doit pas être facile tous les jours de s'appeler Steve Albini. On ne va pas plaindre le bonhomme non plus, mais quand même: même si le Master Chef du noise joue parfois les enfoirés (sa langue de pute sait côtoyer la lucidité), il n'est sans doute pas simple de porter l'étiquette du mec qui a produit le dernier album de qui-vous-savez et le premier de cet-autre-là. Une étiquette qui colle sacrément à la peau, quoi que vous fassiez, ou ne fassiez pas. Et pourtant, combien de producteurs (il déteste cette appellation) peuvent se targuer d'être connus au-delà du cercle des initiés pour atteindre une reconnaissance mainstream ? Rick Rubin (dont on vous parlait justement il y a peu), Phil Spector, Martin Hannett, George Martin et deux ou trois autres dans le rock, point barre. C'est d'autant plus impressionnant pour Albini que la méthode qu'il applique est toujours la même, et que oui, un disque enregistré à Electric Audio ne ressemble à aucun autre, mais certainement à toutes ses autres productions pour le meilleur, et presque toujours le meilleur d'ailleurs.
Quant à la deuxième casquette d'Albini, celle de musicien, elle n'est pas non plus dépourvue de malentendus, notamment les accusations de misogynie qui auront pu jalonner sa carrière, de Big Black à Rapeman. Alors que bon, comment peut-on décemment accuser l'homme qui a produit par choix Pod (The Breeders), Rid of Me (PJ Harvey) et Over The Sun (Shannon Wright) d'un sentiment s'en approchant un tant soit peu ? Si l'on oublie finalement tout ceci, il nous reste une discographie exemplaire, aussi proche de l'os que la musique qu'apprécie depuis toujours le chicagoan. Albini, en homme bien occupé, ne produit pourtant que peu de disques et il aura donc fallu attendre sept ans avant que ce Dude Incredible vienne succéder à Excellent Italian Greyhound. Toujours pas de changement dans le son, c'est évident - aurait-on idée de demander à un Bordeaux d'être en bouche comme un Bourgogne ?
En revanche, on est très agréablement surpris par l'immédiateté de ce nouvel effort, moins complexe, plus évident et certainement plus jouissif que le précédent. Un album où l'humour d'Albini affleure et semble assumé comme jamais auparavant, du plus potache au plus corrosif, et où les trois acolytes semblent prendre encore plus de plaisir que par le passé. Le jeu d'Albini (excellent guitariste, on ne le dit que trop peu) s'affine encore et prend des libertés parfois surprenantes (le riff presque country du titre éponyme) alors qu'il n'y a aucune variation de sonorités du début à la fin de l'album. Un excellent cru en somme, à ranger juste à côté de 1000 Hurts, notamment pour son mélange parfait de tensions, de décharges et de mises en apesanteur. Et puis, des singes sur une pochette d'album, c'est presque toujours un gage de qualité (cherchez, vous verrez).